«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

22 juin 2006

Gestion ou digestion du monde?

Ce billet m’a été inspiré par celui de Raoul Duguay: Que vaut le cerveau gauche de notre ministère de l'Éducation? publié dans son carnet «Alllô Toulmonde!». Ce texte est sorti comme ça, d’un seul jet, juste après la lecture du billet de M. Duguay. Je vous le livre donc dans sa version brute non censurée.

Gestion des ressources, gestion de l’État, gestion par priorité, gestion, gestion, gestion! Ne s’agirait-il pas plutôt de digestion? Les grands enjeux qui affectent directement la qualité de la vie sur la planète sont entre les mains des « digestionnaires», il serait grand temps de se faire de la bile!

Qui sont les « digestionnaires»?

Les digestionnaires s’occupent de la transformation des citoyens et des ressources dans l’appareil digestif économique. Ils fragmentent les idées, bâillonnent la créativité et robotisent le vivant en vue de le rentabiliser, de l’assimiler au profit de l’organisme économique.

Le vivant, dans une perspective englobante, est la richesse de notre petite planète bleue. Il devrait avoir préséance sur l’économie, les lois du marché, les actionnaires, les systèmes politiques, le libéralisme économique. C’est un trésor inestimable que nous travestissons en marchandise soumise aux lois du marché et à la convoitise des « digestionnaires» affamés.

L’économie devrait servir le vivant et non l’inverse. L’allégorie de la grenouille – voir billet plus bas – a fait son œuvre. L’eau bouille et nous restons docilement dans le chaudron
à nous demander si quelqu’un va enfin se décider à éteindre le feu.

Nous sommes mûres pour une révolution. Il y a urgence. Pas une révolution armée et belliqueuse, mais plutôt une révolution dans nos valeurs et nos priorités. Le mot révolution vient du latin « revolutionem», formée à partir de la racine « volv — » (rouler), du préfixe « re — » (indiquant un retour en arrière, un recommencement) et du suffixe nominal « — tio» qui donne « — tion » en français. Un recommencement, une remise en question véritable et profonde des systèmes économiques, de la politique, des priorités planétaires, de la surconsommation, voilà sur quoi nous devrions nous concentrer. Nous vivons à une époque charnière de l’histoire de l’humanité. Saurons-nous la traverser avec sagesse ou foncerons nous tête baissée et les yeux bandés?

Les valeurs néolibérales occupent de plus en plus de places. Les philosophes, les artistes, les penseurs, les poètes sont graduellement remplacés par les conseils d’administration composés de têtes serties par des cravates qui pondent plus de bilans que d’idées. Le lexique de ces machines à calculer s’est purgé des termes tels que : compassion, équité, humanisme, respect, environnement, écologie, etc. Le « money talk » est la langue avec laquelle on débite le credo économique somnifère.

Le cadran sonne, l’entendez-vous du plus profond de votre sommeil? Moi je l’entends et j’essaie de le faire taire, mais sûrement pas dans le but de me rendormir!

4 commentaires:

Accent Grave a dit...

Il vient me chercher ce texte. Il y a des jours où je me demande pourquoi on laisse aller les choses ainsi, pourquoi on refuse de voir nos richesses extraordinaires, uniques, et que l'on prenne les moyens pour les sauvegarder et les exploiter intelligemment.

Ensuite je repense à l'humain, à sa nature et je me dis que rien ne se produira à moins d'en arriver au point où le sentiment de survie nous oblige à poser des gestes.

Tout est une question d'intérêts, d'intérêts personnels.

Notre système économique, faussé par les puissants n'a rien à voir avec une vision d'avenir, une vision sociétaire.

AG

Henri a dit...

Texte inspirant en effet. J'aime bien le côté éducatif, entre autres décortiquer le mot "révolution" pour en connaître la véritable signification. Je vais me coucher moins niaiseux ce soir.

André Bérard a dit...

@ Accent Grave

« Intérêts personnels » voilà le maître mot de tous les problèmes. Désolant de constater que même les fourmis ont comprises, des millions d'années avant nous, les avantages de la vision sociétaire. Nous sommes de drôles de bibittes, pleines de ressources et de possibilités inutilisées.

En passant (c'est tout à fait hors sujet), saviez-vous que les fourmis ont également inventé l'agriculture et l'élevage alors que nous n'étions encore que des proies pour les grands prédateurs? Certaines espèces de fourmis pratiquent le compostage de feuilles créant ainsi un substrat où elles font pousser une espèce de champignon dont elles se nourrissent. D'autres espèces quant à elles, prennent jalousement soin de pucerons qui en échange, leur distribuent généreusement un miel nourrissant.

Nous réclamons la paternité des grandes découvertes qui ont modifié notre mode de vie, quand en fait, elles viennent probablement de l'observation de l'ingéniosité de la vie.

Esperanza "ExLibrex" a dit...

"...rien ne se produira à moins d'en arriver au point où le sentiment de survie nous oblige à poser des gestes."

Je suis d'avis, effectivement que c'est ce qui doit arriver pour que quelque chose bouge... Ça prend quelque chose de mobilisateur et le sentiment de survie l'est.

Excellent billet André et merci de m'avoir fait découvrir le site de Raoul que j'ai visité avec beaucoup de plaisir. Bon week-end à tout le monde!