«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

27 juillet 2006

Le marcheur de Sainte-Adèle : la suite

Certains petits villages ont leur fou, à Sainte-Adèle, nous avons notre marcheur. Je vous en ai déjà parlé, il y a longtemps.

Qui est cet infatigable et inévitable marcheur? Je l’ai croisé tellement de fois qu’il est impossible de faire le compte. Sa démarche, tel un navire qui tangue doucement sur une mer tranquille, est lente, cadencée, hypnotique. Où que vous alliez, vous êtes pratiquement certain de l’apercevoir en train de marcher.

Il m’arrive à l’occasion de passer tout près de l’homme. Je l’observe alors sans rien dire. Lui ignore tout de ma présence, totalement absorbé par sa besogne de marcheur. Parfois, rarement, j’aperçois l’ébauche d’un sourire sur son visage, comme s’il se rappelait une bonne blague. Qu’est-ce qui l’amuse? Je regarde dans la même direction que lui, mais je ne vois rien.

Il est toujours seul. Pas une fois je ne l’ai surpris conversant avec une autre personne. C’est un marcheur solitaire.

On croirait un personnage sorti tout droit d’une nouvelle de Poe. Un marcheur sans destination que vous croisez partout où vous allez. Si j’étais un tantinet paranoïaque, je dirais même qu’il me suit. Quelques fois, je m’amuse à imaginer qu’il s’agit d’un personnage surréaliste, une silhouette étrange sortie tout droit d’une autre dimension et que je suis seul à voir.

Un jour, je l’ai surpris avec un vélo. Ce qui m’a rassuré, c’est qu’il marchait à côté de sa monture. Un marcheur doit marcher, pas rouler. Je me suis dit que c’était un moment d’égarement, une petite infidélité sans conséquences. Il semble avoir recouvré ses esprits puisque je n’ai jamais plus revu le vélo.

J’aimerais un jour avoir le courage de l’interpeller, de lui demander qui il est et où il va. Mais ça briserait le charme.

Alors, je me tais et je me contente de le laisser marcher sans intervenir.

C’est le marcheur de Sainte-Adèle.

6 commentaires:

Accent Grave a dit...

Il pourrait être intéressant d'en savoir plus sur l'individu. La ligne séparant la folie et ce que l'on appelle la "normalité" peut être mince.

Il s'agit probablement d'un simple d'esprit mais le passé du bonhomme pourrait aussi nous surprendre. Certains événements peuvent bouleverser des vies. En écrivant ces mots, je pense à des gens, à des drames vécus, et cela me rend triste.

AG

André Bérard a dit...

Vous avez raison. Je crois que la prochaine fois que je le croise, je vais briser le charme et lui parler et même le prendre en photo s'il accepte.

AB

photosmax a dit...

Pour avoir habité Ste-Adèle quelques années, j'ai eu l'occasion de voir le marcheur marcher à de nombreuses reprises. Il était très gros avant et a beaucoup maigri. Un peu normal avec les kilomètres qu'il parcoure.

Je l'ai croisé une fois chez Spago, je pense qu'il cherchait des appuis pour se présenter aux élections municipales...

André Bérard a dit...

Vous parlez de M. Rovens. Il s’est effectivement présenté aux dernières élections municipales. Je crois qu'il a réussi à récolter environ 7 votes! Mais il ne s’agit pas de mon marcheur.

AB

photosmax a dit...

Je dois les mélanger alors...

André Bérard a dit...

Les deux sont de véritables personnages!

AB