«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

03 août 2006

Rencontre avec le marcheur

Aujourd’hui, l’occasion s’est présentée. Le marcheur était là, assis sur un banc, à quelques mètres de moi. Je devais faire le saut, lui demander qui il est, lui dire que je parle de lui dans ce carnet, que je l’appelle le marcheur de Sainte-Adèle. Comment aborder un homme solitaire que vous ne connaissez pas et lui demander la permission de prendre sa photo afin de la publier sur Internet sans avoir l’air d’un déviant?

Je tente une approche. L’homme n’a pas vu ma voiture arrivée. Il est donc plausible que, comme lui, je sois un marcheur qui souhaite prendre une pause sur le banc. Je m’avance, l’air détaché, en prenant grand soin de ne pas le brusquer. Je m’installe à l’autre bout du banc et lui dis simplement : « bonjour! » Il me regarde, impassible, ne réponds pas, et me tourne résolument le dos. Voilà, ça y est, j’ai l’air d’un parfait idiot. Que dois-je faire maintenant? Me lever et partir? J’aurais l’air encore plus louche. Alors, je reste là, feignant de m’intéresser au fini de la chaussée. Pendant ce temps, je l’observe du coin de l’œil. Il se lève et transporte méthodiquement sa petite radio et son parapluie sur le banc d’à côté. Message non verbal limpide : je l’emmerde, je suis une nuisance. Je laisse passer quelques minutes avant de retourner d’un pas nonchalant vers ma voiture. Quelques secondes plus tard, constatant mon absence, le marcheur retourne avec tout son bagage à la place d’où il a été chassé.

Visiblement, mon marcheur de Sainte-Adèle n’aime pas la compagnie. Je n’en sais pas plus sur lui, sur sa vie. Il semble vivre en marge des autres, coupé de son environnement. Le seul lien qu’il entretient avec le monde extérieur se résume à cette petite radio rafistolée qu’il traîne partout avec lui.

Je l’ai observé encore quelques minutes. Il regardait les nuages en écoutant la voix déformée par le petit haut-parleur de son poste.

Je me suis senti triste.

Bonne route marcheur de Sainte-Adèle.

2 commentaires:

Accent Grave a dit...

Vous avez bien agi et nous en savons un peu plus sur lui. Il n'aime pas la compagnie, peut-être est-il autiste.

En n'insistant pas, vous avez respecté son choix, il est ensuite retourné dans sa bulle, là où il se sent bien. Il observe le monde, il l'écoute mais redoute ceux qui pourraient s'introduire dans son propre univers.

Nous en savons plus sur l'homme. On ne fera pas mieux que les spécialistes de la maladie mentale qui cherchent depuis des lunes à comprendre ces comportements. Cette science en est à ses balbutiements.

Il ne faut pas être malheureux pour lui, l'homme semble heureux dans sa routine, laissons-le dans son monde tout en lui assurant l'essentiel: un logis, des vêtements et de la nourriture.

AG

André Bérard a dit...

Je crois aussi qu'il est autiste. Tout porte à le croire. Il me fait penser à Rainman.

Votre commentaire est plein de sagesse!

AB