«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

12 novembre 2006

Pattes de crabe et Kraft Dinner

Épicerie Métro, Sainte-Adèle.

C’est le week-end. Les files d’attente s’étirent aux caisses du Métro Chevrefils. Emballeurs et caissières s’activent afin de répondre au flux des clients habituels et des weekenders. Puisque je dois attendre, j’en profite pour observer la faune humaine. Devant moi, un spécimen de weekenders impatient qui brasse de grosses affaires au téléphone cellulaire. Comment j’arrive à savoir que c’est un weekenders? Facile, ses fringues et son panier d’épicerie le trahissent : North Face et pattes de crabe. Devant lui, une p’tite madame du coin qui visiblement en arrache. Comment j’arrive à savoir qu’elle en arrache? Facile, son manteau démodé et les boîtes de Kraft Dinner la trahissent. Son tour arrive. La caissière passe les articles sur le lecteur. Bip… 1,95 $. Bip… 2,99 $. Bip… 4,69 $. Chaque bip arrache une grimace à la p’tite madame qui fixe anxieusement l’écran où s’affiche le sous-total de ses achats. Le tapis roulant avance à petit coup faisant chaque fois vaciller les trois boîtes de Kraft Dinner. Le weekender, toujours accroché à son téléphone, place un petit bâton séparateur entre les boîtes de macaroni orange et les pattes de crabe, histoire de bien marquer la frontière entre richesse et pauvreté. Les emplettes de la p’tite madame remplissent au moins quatre sacs. L’emballeur lui demande « vous avez besoin d’aide jusqu’à la voiture? » Pas nécessaire, elle est à pied.

Le weekender finit de vider son panier et le laisse là, devant moi. Je dois le pousser moi-même pour déposer mes trois petits articles sur le tapis. Cet homme est au-dessus de tout. Il ne salue personne, ne dispense aucun sourire et parle trop fort dans son téléphone. C’est un conquérant qui doit s’acquitter d’une basse tache : passer à l’épicerie. «Vous avez besoin d’aide jusqu’à la voiture? » Évidemment!

Je paye mes trois articles et sors du Métro. Plus loin, je vois la p’tite madame qui péniblement grimpe la pente de la rue chargée de ses quatre sacs. Près de ma voiture, le 4x4 BMW du weekender quitte sa place de stationnement et roule en direction de la p’tite madame. Elle fait des signes aux voitures. Elle a besoin d’aide, ses sacs sont trop lourds. La BMW arrive à sa hauteur et fait un grand crochet pour éviter cette chose qui prend trop de place avec ses sacs.

Minable! Je vais l’aider moi cette femme. Je la regarde une dernière fois avant de monter dans ma voiture. J’aperçois un véhicule qui stoppe et son conducteur qui lui offre son aide.

Ça m’a remis de bonnes humeurs.

Sainte-Adèle est une ville de contraste où se côtoient les riches et les pauvres. Surtout les week-ends. Il m’arrive fréquemment de stopper ma voiture et de faire monter des p’tites madames surchargées de paquets. Il m’arrive même d’aller les déposer devant leur porte, ce qui me coûte environ 45 cents d’essence de plus pour ma course, mais qui fait 100 % de différence pour la personne. C’est un petit rien qui me rend plus utile.

Il n’y a pas de morale à cette histoire. J’aime les pattes de crabe et à l’occasion le kraft Dinner. ;-)

15 commentaires:

Pierrot a dit...

Y a un gars qui a déjà dit "Quand tu aides un plus petit que moi, c'est moi que tu aides." Apparemment c'était un gars très important, mème s'il ne roulait pas en 4 X 4.
Je suis certain qu'il a remarqué celui qui a aidé la dame de ton histoire et qu'il a noté ta bonne intention aussi.

Jean-Pierre St-Germain

Inkognitho a dit...

Mon commentaire sur le billet "Allô" aurait facilement pris sa place ici. On dirait que les gens ont peur de faire de simples gestes comme par exemple "garer" le panier d'épicerie ou rapporter un cabaret vide. Il y a 2 semaines je faisais mon épicerie et devant moi, une dame cherche un produit. Un sac de cassonnade traîne par terre près de l'allée. Elle ne veut pas le voir, ce n'est pas à elle de le ramasser. Je passe près d'elle, range le sac là où il devrait être, poursuit ma route et je remarque sa gêne de ne pas l'avoir fait.

Pour en revenir au billet "Allô" je n'ai pas osé dire à quoi l'ombre me faisait penser de peur de froisser The artist. J'ai pensé au Yéti.

Inkognitho

André Bérard a dit...

Le Yéti, je le vois moi aussi. J'ai tellement trafiqué la photo, que l'ombre ne ressemble plus à celle de The Artist. Imaginez, elle ne mesure que 4 pieds 11 pouces. La longueur approximative d'un des tibias du yéti (s'il existe).

;-)

AB

Anonyme a dit...

Moi je mettrais un bémol à ton commentaire, sans excuser le type bien-sure mais..

Je met toujours un ti-baton avant et après mon épicerie peu importe ce que j'achète parce que je suis sure et certains qu'une caissière sur deux va me demander; Est-ce à vous? alors pour éviter de répondre à toute les fois," non juste ca" ou bien "non c'est à un tel".
Je crois que tu y vois un geste un peu trop personel et de la aider tout les gens et bien dis-toi que les gens des grosses ville on des centaines de gens pauvres ou quémendant à tout les coins de rue et à un certains moment donné,tu viens imperméable à tout cela (pas nécessairement la chose morale mais je vois cela de même).

Pour ce qui est de l'aide, qu'est-ce qui te fait croire que le type n'a pas arrêter plus tôt pour aider quelqu'un avec sa crevaison ou c'est peut-être un docteur qui viens de sauver une personne et là il s'en va relaxer, un avocat qui viens de foutre quelqu'un en prison.

et je crois pas que tout le monde pose des gestes en étant tout le temps méchant et ou conscient des geste qu'il ne pose pas, on à tous des moments ou nous négligeons certaines chose.

Christian B

André Bérard a dit...

@ Christian

Rassure-toi Christian, je sais très bien à quoi sert le petit bâton. Je l'utilise moi-même tous les jours. Dans le contexte de l'événement, je trouvais qu'il symbolisait bien la fracture qui existe entre les différentes populations de Sainte-Adèle. Sans plus.

Concernant notre weekender en BMW, je me fous éperdument de ce qu'il fait dans la vie. Il était chiant. Point. Parfois, j'en ai assez de ces grosses têtes qui prennent sans retenue ce dont ils ont besoin sans se soucier de ce qui restera pour les autres. Ce genre d'individus pullule et ne roule pas qu'en BM. Parfois, ils ont des Hyundai, des Honda, des Saturn. Ce n'est pas une question de véhicule. Des grosses têtes, il y en a dans toutes les strates de la société.

The Artist a dit...

@ Inkognitho

Quand j'ai lu votre réponse, j'ai bien ri, effectivement, j'ai l'air d'un yéti.

The Artiste :-)

Inkognitho a dit...

@ The Artist ; ) Je dois avouer que j'avais vraiment peur de vous froisser. L'ombre ne fait pas le moine : )

Inkognitho

Esperanza "ExLibrex" a dit...

Peut-être était-ce donc Pattes de Kraft et Crabe Dinner?

J'ai bien aimé l'image de la "barre" qui tire la ligne entre les commandes... Je l'utilise aussi mais pas à cet escient entre riches et pauvres...

Aussi j'ai déjà été à ce Métro à Ste-Adèle et c'est assez richo merci... Ouffff... Des petits ci et des petits ça... Très beau, cher, mais chic... Ça ne me faisait rien, on m'avait prêté un condo pour une fin de semaine alors je n'avais pas le choix!

Triste pareil de voir ça dans un contexte de dévitalisation des régions et des milieux ruraux... On est en train de se faire un magnifique HARA KIRI sur le pouvoir du fric condoléen. Vue à court terme... C'est tout.

Anita a dit...

Christian B met un bâton "parce que je suis sure et certains qu'une caissière sur deux va me demander; Est-ce à vous? alors pour éviter de répondre à toute les fois," non juste ca" ou bien "non c'est à un tel".

C'est SI difficile que ça de parler aux gens ? Est-ce SI forçant que ça de fratierniser avec les gens ?

Tes propos reflètent ce que la société est devenue: moi, moi et re-moi ! Médecin, pompier, ambulancier; qu'ils aient sauvé une vie ou pas; je ne crois pas qu'on est limités à une bonne action par jour.

Tes "justifications" telles que: les gens des grosses ville on des centaines de gens pauvres ou quémendant à tout les coins de rue et à un certains moment donné,tu viens imperméable à tout cela - ne te servent qu'à essayer de te donner "bonne conscience", mais la prochaine fois que tu auras besoin d'aide je te souhaite de ne pas en obtenir, comme cette pauvre dame, et peut-être que tu comprendras qu'on fait tous partie de la même famille et on devrait tous s'aider et ce, peu importe si on est fatigués ou pas.

Anita

Robert a dit...

Souvent, ceux qui méprisent les moins nantis sont souvent ceux qui l'ont été. Ils espèrent ainsi échapper à un passé qui les tourmente.

Alain a dit...

Et si c'était ta mère qui avait eu besoin de cette aide Christian B ?

Tu n'aurais pas hésité une seconde à traiter ce crétin de ..... crétin !

Anonyme a dit...

Pour Anita


Pourquoi voudrais-je me répéter encore et encore, ca me tente pas de fraterniser avec la caissière, je veux acheter mes bébelles et m,en aller, je suis pas là pour un concours de popularité, est-ce que ca fait de moi une personne qui n'est pas courtoise? non je luis dit bonjour et merci.
Est-ce que je suis obligé en tant qu'être humain de lui demandé si ses enfants vont bien? non et je ne crois pas que personne est obligé d'aller plus loin que là ou ca lui tente d'aller juste pour ne pas que les autres pense qu'il est moins bien.

moi je dors bien le soir et vous? Est-ce que je suis un monstre parce que je ne me tracasse pas avec toute les problèmes de la société?

Moi les histoires de villes ou "where everybody knows your name" m'en fou sincèrement, je respecte mon prochain et son intimité.


pour ce qui est du commentaire que tu as si bien repris au niveau de gens de ville, tu remarqueras que j'ai mis en parenthèse;(pas nécessairement la chose morale mais je vois cela de même).

Commence par la compréhension de etxte avant de t'insurger contre les commentaires des autres.

Pour Alain

ca s'adonne que ma mère vit à st-adèle et que j'essaie de la convaincre de revenir plus près de chez-moi pour justement pouvoir l'amenez à ces divers services, malgré qu'elle reste très proche de l'épicerie en haut de la côte (proche du cinéma), elle n'a pas d'auto et se fie beqaucoup aux autre pour ses déplacements alors queston morale je n'ai pas à recevoir de leçon de personne et toi, ta mère, est-ce que tu en prends soin?

oui j'ai été pauvre et non je ne crache pas sur les pauvres mais ya une diffèrence entre mère thérésa et vouloir se faire un coins de paradis à sois, je suis désolé je suis matérilaiste et je l'assume a 1005, si je gagnerais 1 millions, à part la famillle immédiate, il n'y aurait ps grand monde qui en profiterait à part moi.

Accent Grave a dit...

C'est tout de même curieux cette habitude que l'on a d'associer richesse avec "je m'en foutisme" et qu'on considère presque la pauvreté comme une vertu. Ça vient de loin ça.

Je ne crois pas non plus que les gens plus aisés soient moins attentionnés que les plus démunis, il me semble avoir souvent constaté le contraire. De toute façon, on ne peut tirer aucune généralité de cet événement si ce n'est...

...que le type dont vous parliez avait un comportement d'individualiste et le simple fait de traiter de ses affaires personnelles au téléphone à voix haute démontre un manque de savoir vivre. L'observation de ces comportements est fort révélatrice, mais ça ne concerne qu'un seul individu.

Accent Grave

André Bérard a dit...

@ Accent

Je ne fais ni l'apologie du pauvre, ni l'apologie du riche. Comme je le mentionne à la fin de mon billet, il n'y a pas de morale à cette histoire. Cela dit, en toute honnêteté, j'ai rarement observé une mercedez, faire monter une p'tite madame chargée de paquets.

Anonyme a dit...

Et vous chers lecteurs et blogueurs. Est-ce que vous faites montez les petites madames dans votre auto lorsqu'elle ont de grosse emplettes ou restez-vous là, bêtement offusqué en vous disant "ca tu d'allure le moron dans le gros char aurait du s'arrêter"? et après cette réflection, allez-vous aider cette petite madame ou bien croyez-vous à la pensée magique que quelqu'un d'autre mais pas moi, ira l'aider?


J'aurais aimer voir ca un commentaire disant " et bien moi j'ai étét l'aider" et pas juste faire la critique comme si on voyait une épisode d'un film tragique.

C'est bien de critiquer et pointer l'abus ou les manques de civismes, encore faut-il les adresser.

Je passe souvent des réflexions ou des commentaires sur des abus mais sincèrement j'agi pas beaucoup sur ce que je dit et je crois que tout le monde est pareil ou presque. je ne suis pas un aveugle à ce qui se passe mais du type "quelqu'un d'autre va surement le réglé".

bravo à ces gens en espérant devenir un peu plus comme eux dans le futur et moins "cé tu dommages, bon ben coudonc, quossé tu veus faire"

Christian