«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

24 août 2008

La tache verte

Depuis le début de l’été, la maison où j’habite — ainsi que celles situées autour — est aux prises avec un véritable phénomène qui se manifeste par l’apparition de taches vertes sur les déclins, les antennes, les poubelles, les bacs à recyclage, les plantes, les fleurs, etc. Ces taches sont le fait d’un «peintre» embauché par un propriétaire économe et qui, depuis plusieurs semaines, nous prouve qu’il existe un virus du nul occidental. Ce badigeonneur, sorti tout droit d’une boite de Cracker Jack, manie le pinceau comme un primate. Il est parfois accompagné d’une amie, barbouilleuse de son état, qui elle, est atteinte de la grippe à bière — si l’on en juge par les bouteilles vides trouvées ici et là, abandonnées par cette artiste qui donne tout son sens à l’expression «s’emmêler les pinceaux.»

Notre tandem de peinturlureux connait de toute évidence les «coulisses du métier», surtout les vertes, comme celles que l’on retrouve un peu partout. Appliquant les hauts principes de la simplicité volontaire, le taouin travaille léger et puise dans votre propre matériel pour effectuer ses tâches et ses taches: boyau d’arrosage, balai, manche, etc.

Le tâcheron, qui tire son salaire d’un malhonnête travail, possède bien quelques notions. Il sait qu’avec un marteau, on peut frapper, qu’un rouleau sert à rouler et un pinceau à dégouliner. Doté d’un mandat clair du propriétaire où il est stipulé de faire simple et de ne pas s’attarder sur les détails, notre génie du pinceau ne s’encombre donc pas de gratter la peinture écaillée avant de badigeonner avec débordement. Son étonnant sens des priorités l’amène à peinturer la première marche d’un escalier qui en compte deux le lundi et de peinturer la deuxième marche le vendredi. Ayant un sens inné du temps qu’il fera, notre peintre en balbutiement a le don de se pointer juste avant l’orage. Résultat: une peinture de style lavis qui laisse voir toute la richesse du bois usé.

Prisonnier d’une boucle sans fin, il tache le blanc en appliquant le vert et tache le vert en appliquant le blanc. Cet ersatz de peintre tâte également de la menuiserie, et ce, en dépit des notions plus complexes associées à la manipulation d’outils électriques, de rallonges et de prises électriques. Ainsi, il échafaude des méthodes inutilement complexes pour brancher ses outils électriques dans une prise se trouvant à 60 pieds du lieu où il sévit, alors qu’il en existe une à seulement quelques pieds de lui. Véritable caméléon, il prend la couleur de la peinture qu’il applique, ce qui fait de lui un personnage très coloré.

De ma vie, jamais je n’ai observé un tel étalage d’incompétence, de crétinisme et d’ânerie chez un seul individu. L’excuse du propriétaire pour avoir embauché cette plaie: «Nous sommes dans les Laurentides, faut pas s’attendre à plus.»

Depuis quelques jours, pas de manifestation de la chose, dont la «carte de peintre» porte la mention «deux de pique». Le calme est enfin revenu sur notre petit bout de rue. Il ne reste plus qu’à faire l’inventaire des dégâts.


Toutes les photos présentent le travail final du «peintre»

7 commentaires:

Inkognitho a dit...

Probablement un sicopathe ; )

Esperanza a dit...

Absolument incroyable! Mais quelle merde!

Même le pire maladroit qui tente, un tant soit peu, de s'appliquer un brin ne ferait pas de tels dégâts. Je comprendrait un découpage légèrement dépassant, mais ça, c'est comme fait exprès!

Personellement, il aurait quitté ma propriété rapidement, sans salaire et avec, en plus, une facture!

Je n'en reviens simplement pas!

eric a dit...

Je crois qu'il vient du Parc d'a"vert" la Rolland...

;-)

Pierrot a dit...

Adorables ces jeux de mots!
Mon préféré est "sicopathe"

Jean-Pierre St-Germain

Anonyme a dit...

Si je comprends bien il était "green" !

Anonyme a dit...

Non, mais quels artistes originaux quand`même?! Ils sont légion aussi dans ma région...!

Et que dire de leurs mécènes...?!

Qui a dit que les cons n`ont pas droit à l`inspiration et à l`expression visuelle de leurs émotions...? ...

Voyons, voyons, M. Bérard! Un peu de compassion envers ces dévoués et joyeux peinturlureux et les bienheureux gaspilleux qui les encouragent les deux yeux dans le cirage!

Les " sicopathes" nous conduiront lentement, mais sûrement "vert" une nouvelle ère "dégoulinante" de couleurs en liberté....

Faudra s`y faire, nos conceptions conventionnelles de "l`esthétique" et du travail bien fait devront s`adapter tout doucement aux nouveaux principes du système " Fas-en de la marde, m`a te payer pareil, c`est déductible " , ou" Si c`est pas déclaré, j`te paye pas cher, mais fas ça vite! "
Sans parler du " Ouin, c`est vrai, t`é syndiqué toé, ok,... on oublie ça la gaffe... "

Plus sérieusement,André, un BIJOU ce texte!... Troisième lecture ..., et je le ris encore!

BOUCHE COUSUE.

Raoul a dit...

C'est une affaire privée non?

Dans la vie, on paye souvent pour ce que l'on obtient.

Proprio cheap...

Ca fait dur! Franchement. Une peinture neuve, c'est en grande partie pour l'aspect!