«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

06 janvier 2009

Une passion (presque) mortelle

27 décembre 2008 — Une pluie verglaçante s’abat sur les Laurentides. Les routes sont dans un état qui devrait nous inciter à rester à la maison, bien au chaud, et non à s’aventurer jusqu’à la Conception, ce que ma copine et moi nous apprêtons justement à faire. C’est que nous avons rendez-vous avec un antiquaire afin de prendre possession du cadeau de Noël de ma copine: un monument funéraire en bois datant de 1856.

C’est en fouillant dans les petites annonces classées (PAC) sur le Net que ma copine est tombée sur cette annonce placée par un antiquaire qui liquidait sa marchandise pour cause de fermeture. L’objet inusité est un monument funéraire en cèdre, comportant entre autres éléments, une planche de bois de 24 pouces par 57 pouces, une rareté qui, vu son côté sans doute jugé trop macabre, n’avait pas trouvé preneur. Le monument porte les inscriptions suivantes: Ici repose le corps de Théodore Bellemare, décédé le 22 avril 1856, âgé de 56 ans et de Augustin Bellemare, décédé le 11 octobre 1873, âgé de 73 ans. La rareté de la pièce valait bien le risque couru sur la chaussée glacée de la 15 Nord. C’était du moins le meilleur argument avancé par ma blonde (assortie d’une mine déconfite savamment étudiée devant un éventuel changement de programme concernant son cadeau), pour justifier l’à-propos d’une sortie en voiture durant ce temps de chien. Décision que nous avons regrettée une fois arrivés dans la ville de la Conception, alors que nous tentions de gravir une rue en pente, transformée en patinoire et parsemée de voitures échouées sur l’accotement.

Après plusieurs recherches, nous en sommes venus à la conclusion que nous possédions vraiment une rareté. En effet, le patrimoine funéraire québécois compte peu de ces stèles funéraires en bois, et de surcroit dans un si bon état. Le pillage, l’absence d’entretien et les ravages du temps ont considérablement appauvri le patrimoine funéraire québécois (je précise que selon l’antiquaire qui nous a vendu la stèle, c’est la famille qui a vendu le monument pour ensuite le remplacer par une stèle en pierre).

Nos recherches nous ont également permis d’établir que les frères Bellemare ont été inhumés dans le cimetière de Louiseville, anciennement appelée la Seigneurie de la Rivière-du-Loup, qui fut fondée en 1665. Ma copine et moi comptons nous rendre dans cette petite municipalité afin de documenter la pièce et de photographier le cimetière d’où provient la stèle et aussi, nous l’espérons, le nouveau monument qui l’aurait remplacé. Nous savons également que la stèle a figuré dans un film américain mettant en vedette Bette Midler et qu’elle fut louée à plusieurs reprises à différents théâtres.

La stèle des frères Bellemare me fascine. Avec son charme suranné, elle évoque une autre époque, celle des colons-cultivateurs. Son épitaphe fut gravée par des mains d’artisans, avec des outils d’une autre époque. Je l’imagine dressée, lors des longues nuits d’hiver de l’époque, balayée par un vent glacial sous la pâle lueur d’une lune gibbeuse.

Certains estimeront qu’une stèle funéraire est un bien triste cadeau de Noël à offrir à sa bien-aimée. C’est que vous ne connaissez pas copine !

9 commentaires:

Sylvain a dit...

Wow, quelle belle pièce!

Anonyme a dit...

Merci, j’ai eu beaucoup de chance.
Je suis très fière de posséder cette pièce, étant une férue d’histoire, particulièrement celle des Laurentides et de la colonisation.

Dominique Beauregard

OMO-ERECTUS a dit...

Il est paradoxal que la chose, huh la stèle, enfin... qu'un tel bidule si mortuaire ait été trouvé à... LA CONCEPTION.

La mort et l'enfantement. La fin et la création. Le premier souffle et le dernier à la fois.

Reste un menu détail dans cette charmante histoire qui encore m'échappe. Où placerez-vous la chose dès maintenant? Dans le living? la chambre à coucher?

J'ai subitement froid dans le dos!

André Bérard a dit...

@ Omo-Erectus

En ce moment, la stèle est dans l'entrée, mais nous tentons de lui trouver un meilleur emplacement. La chambre à coucher? Pourquoi pas? Une stèle n'est-elle pas conçue pour accompagner le repos des corps? ;-)

Que vous ayez froid dans le dos m'étonne, vous qui avez séjourné si longtemps dans un tombeau de glace!

Anonyme a dit...

J’avoue que c’est particulier d’avoir ce type d’objet chez soi, mais bon, je suis fasciné par le temps, chaque fois que je la regarde, j’essaie d’imaginer ce que fût la vie de ces deux personnes, deux cultivateurs, d’une autre époque.

Dominique Beauregard

Zoreilles a dit...

Vous êtes vraiment tous les deux des passionnés d'histoire et de notre patrimoine.

C'était très intéressant de vous lire comme toujours, Monsieur Bérard.

Vous nous tiendrez au courant de l'endroit où cette belle pièce figurera dans votre maison? Dans l'entrée, c'est bien... La chambre à coucher? Bof, personnellement, je trouverais ça... un peu... éteignoir, disons!

André Bérard a dit...

@ Zoreilles

En effet! La chambre à coucher est à exclure! D'autant plus que je dors le patrimoine à l'air! ;-))))

Inkognitho a dit...

Bonne année (malgré le retard). Je lève mon verre de stèle à Artois : )

Inkognitho

Esperanza a dit...

Magnifique objet qui mérite efectivement une place de choix. J'aime bien ce genre de trouvailles...

La chambre à coucher ne me semble pas le meilleur endroit pour recevoir les visiteurs qui voudraient admirer la stèle... Par terre au milieu du salon avec quelques vasques de fleurs peut-être???