«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

06 juin 2006

Une dernière «pof» et j’écrase!

À la suite des commentaires laissés dans mon billet sur la loi antitabac, je ressens le besoin de préciser mon point de vue. J’en suis à la 6e version. Je biffe une phrase, je la remets, je la biffe à nouveau. C’est comme si je marchais sur des œufs! C’est que le dernier billet a déclenché une réaction à laquelle je ne m’attendais pas. Cette fois, je veux bien me faire comprendre. Alors, j’y vais. Mais après, j’écrase!

Oublions la loi et le droit juste un instant.

Pour moi, la cigarette est comme une mine antipersonnel. Bien emballé, facile à transporter et LÉGALE. Rien n’est utile dans ce produit. Il est conçu dans un seul but : enrichir un petit groupe d’actionnaires, et ce, au prix de la dépendance, de la détresse et ultimement de la mort des utilisateurs de leur produit. Une logique perverse, mais bien réelle. J’ai perdu mon père à l’âge de 5 ans : cancer de la bouche. Il n’avait que 51 ans. J’ai perdu ma mère à l’âge de 23 ans : les artères et le cœur n’ont pas tenu le coup. Elle n’avait que 63 ans. Je vous épargnerai un long inventaire morbide, mais je pourrais vous donner beaucoup d’autres noms tirés de la trop longue liste de personnes qui sont « partis » à cause de l’emprise que le poison avait sur elles et de leur incapacité à s’en sevrer. C’est la grande réussite de l’industrie du tabac et je trouve ça méprisable, immoral et inacceptable.

Je considère que les cigarettiers sont des criminels qui bénéficient depuis trop longtemps d’une immunité économique. Un complot bien documenté existe bel et bien au sein de cette industrie. Les compagnies de tabac désinforment et manipulent les faits (et leur produit). Le lobby des cigarettiers est puissant et dispose de moyens indécents en terme de relation publique. Ils peuvent corrompre des médecins, commander les résultats d’études « démontrant » l’innocuité de leur produit, financer des recherches permettant d’augmenter la dépendance au produit. Tout ça, ils le font impunément au vu et au su de tous. Nous avons tous accès aux documents qui le prouvent, pour peu que nous soyons motivés et prêts à effectuer quelques recherches. À mon avis, il est là le « totalitarisme ». Un totalitarisme économique qui permet aux entreprises sans morale de commettre les pires infamies au nom de « l’économie triomphante » comme le dit si justement Albert Jacquart.

C’est vrai que je suis intolérant. Et même beaucoup! Je n’ai pas honte de l’avouer, car cette intolérance est dirigée vers l’industrie du tabac, pas vers les fumeurs. Lorsque l’on sait que la dépendance à la cigarette est comparable à celle à la cocaïne, combien doit-il être difficile de mettre fin à cette assuétude! Je n’accuse pas les fumeurs d’être la source de pollution numéro 1 à l’échelle planétaire. Ce serait carrément ridicule. La cigarette est une source de pollution qui fait des ravages à plus petite échelle, dans les familles, etc. C’est un poison insidieux qui tue à petit feu, dans l’anonymat de la vie de monsieur et madame tout le monde, loin des médias. Je déteste les compagnies de tabac, la cigarette, mais pas les fumeurs. Ils sont, à mon humble avis, les victimes d’un calcul odieux d’une machine à profits immorale et économiquement irresponsable. La loi antitabac, je l’admets est imparfaite, mais elle est un pied de nez à cette industrie hypocrite, opportuniste et criminel.

Voilà!

Mon texte original doit avoir au moins quatre pages, mais je m’arrête ici. J’avais promis une conclusion et la voici. Elle est pourrie, j’en conviens, mais au moins j’ai tenu ma promesse.

Il y aura toujours une section fumeurs dans ce carnet.

5 commentaires:

Accent Grave a dit...

Je l'aime beaucoup ce billet, j'aimerais bien le signer.

Je doute que quiconque puisse croire que la cigarette n'est pas malsaine, ne cause pas la dépendance, n'entraîne pas la maladie.

Cesser de fumer est la chose à faire. Encourager les autres à faire de même est aussi judicieux et billet s'inscrit dans cette démarche car il est inclusif.

Marcher sur des oeufs...

Il arrive que l'on compose un texte à chaud, sous le coup de l'émotion. C'est bien ainsi. Les commentaires fuseront alors et ça aussi c'est bien. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que ce n'est pas par hasard que nous vous lisons... et vous écrivons. Nous vous savons authentique et engagé, il ne faudrait pas changer ça.

Accent Grave

André Bérard a dit...

Merci pour cet encouragement. C'est très gentil!
«Marcher sur les œufs». Je crois que je m'en faisais pour rien, car ils étaient déjà cassés! ;-))

Esperanza "ExLibrex" a dit...

Non seulement j'abonde dans ton sens, je ne peux que t'aimer.

J'aime entendre, (enfin!), la vérité.

Vraiment cool!

Qu'on se le dise... en rose ! a dit...

Bravo André !

Tu nous avais promis ce billet, je l'attendais...

Il est très lucide. Très lucide !

Inkognitho a dit...

Je crois sincèrement que vos écrits représentent l'avis de bien des non fumeurs. D'un côté je trouve ça malheureux pour eux de ne plus pouvoir fumer dans les endroits publics et de l'autre je m'en réjouis. La qualité de vie des non fumeurs ne s'en trouveras qu'améliorée ainsi que celle des fumeurs par le fait même.