«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

10 juillet 2006

Maire ou publicitaire?

La semaine dernière j’ai mis la main sur le document promotionnel d’Attitude Nord, promoteur immobilier de Sainte-Adèle à qui l’on doit le fameux projet Delacroix situé sur la route 117 à la hauteur du Métro Chèvrefils. En parcourant la brochure, je suis tombé sur la photo du maire de Sainte-Adèle, Jean-Paul Cardinal, qui signe un petit mot dithyrambique sur le projet Delacroix, la Ville et la merveilleuse histoire d’amour qui les unit.

Retrouver notre magistrat dans la brochure d’un promoteur immobilier me laisse comme un arrière-goût dans la bouche. Suis-je trop puriste ou est-ce que la chose est un peu, disons, déplacée? Est-ce mon odorat qui est trop délicat ou y a-t-il comme un relent de copinage dans l’air? Je suis perplexe.

Le maire veut sans doute le bien de sa ville. Un projet de 70 millions $ ça ne tombe pas tous les jours du ciel, surtout dans une petite ville comme Sainte-Adèle. Il se dit sans doute: «ça va mettre Sainte-Adèle sur la mappe!» Alors, il se laisse aller à des petits «extras» comme cette participation à la brochure publicitaire d’un promoteur immobilier. En fait-il trop?

Un maire ne devrait-il pas recourir à des tribunes qui cadrent davantage avec la fonction d’administrateur d’une ville, comme par exemple les journaux locaux où le site officiel de la Ville afin de s’exprimer sur les différents projets immobiliers qui se multiplient sur son territoire?

Loin de moi, l’idée de faire un procès d’intention au maire Cardinal. Seulement, en tant que citoyen, sa présence dans la brochure d’un promoteur me contrarie. Ça me semble maladroit de sa part de s’adonner à ce genre de pratique. Le maire Cardinal est-il victime d’un excès d’enthousiasme?

À mon avis, un maire ne devrait jamais, par souci de transparence, s’associer publiquement à un promoteur immobilier pour faire la promotion de sa ville. Manque d’imagination de la part de la municipalité? Manque de vision concernant le développement de notre ville ou peut-être un peu des deux?

Dans son mot, le maire nous dit que «la ville de Sainte-Adèle est fière de la venue du projet Delacroix sur son territoire et travaille en étroite collaboration avec le promoteur Attitude Nord. Ce prestigieux projet de condominiums et de commerces, évalué à 70M$, est un apport intéressant pour notre municipalité.» Un peu plus loin, on peut aussi lire que «Sainte-Adèle est axée sur la qualité de vie et le développement durable».

Un projet de condominiums luxueux que la plupart des Adélois de souche ne pourront jamais se payer répond-il aux critères du développement durable? Le projet Delacroix est-il vraiment en accord avec les principes de la Charte des paysages naturels et bâtis des Laurentides à laquelle la municipalité a adhéré? Pas sûr, vraiment pas sûr!

La municipalité devrait d’abord préciser sa vision du développement durable et présenter clairement son interprétation de la Charte des paysages avant de s’enticher et promouvoir publiquement certains projets. Ce n’est pas le rôle des promoteurs que de définir le développement durable d’une région, mais bien celui des élus de concert avec les citoyens.

Des projets comme les condominiums Delacroix et celui de la revitalisation «commerciale» de îlot Grignon imposent une consultation des citoyens. Ces deux projets changeront le visage de la ville et la manière dont nous y vivrons à l’avenir. Nos administrateurs municipaux doivent cesser de louvoyer et d’éviter ainsi les débats et les discussions nécessaires concernant les enjeux reliés au développement de la municipalité.

Lorsque je vois le maire de ma ville au beau milieu du document publicitaire d’un promoteur immobilier, j’éprouve un sentiment de trahison. En agissant de la sorte, le maire Cardinal ne donne-t-il pas l’impression de tourner le dos à ses concitoyens? Avant d’affirmer, au nom de ses électeurs, qu’ils sont fiers d’accueillir des projets de condominiums de l’envergure de celui du Delacroix, ne devrait-il pas s’en assurer préalablement auprès de ces derniers? On ne parle pas ici de l’ajout d’une balançoire dans un parc de la ville, mais bien d’un projet immobilier majeur.

Le manque de communication entre la municipalité et ses citoyens risque de susciter du mécontentement chez les citoyens qui se sentent «oubliés» dans les visées d’avenir de l’administration en place.

Et vous, Adélois de souche et d’adoption, et les autres, comment voyez-vous la chose?

4 commentaires:

Luc a dit...

Et dans l'énumération des atouts de la ville, ils ont oublié de mentionner "Et deux blogues de qualité, qui informent avec vigeur et enthousiame"

:)

André Bérard a dit...

Bien dit! Carnets auxquels le maire, les conseillers et autres pourraient d'ailleurs participer! Ça se fait ailleurs. Il y a même un maire qui tient son propre blogue! Trop «peuple» pour eux? ;-)

AB

André Bérard a dit...

Dan, je ne nie pas que la municipalité ait déjà présenté publiquement lesdits projets. D'ailleurs, si vous reliez mon billet, vous constaterez que cet aspect n'occupe que quelques lignes. Je parle surtout de la présence du maire Cardinal dans une brochure publicitaire d'un promoteur. Vous n'avez rien à dire là-dessus? Cette pratique est acceptable pour vous?

AB

Anonyme a dit...

Tout comme Accent Grave, je suis tout à fait d'avis qu'un maire ou un conseiller municipal a effectivement un devoir de réserve et une obligation d'éthique.

Un maire et un conseil municipal ont le devoir d'administrer une ville dans le meilleur intérêt des payeurs de taxes. N'habitant pas Ste-Adèle, je ne suis pas en mesure de juger de cette situation précise et je ne peux, non plus, mettre en doute la bonne foi du premier magistrat. Cependant, si j'étais à sa place, j'éviterais de trop pavaner avec un promoteur...

Par les temps qui courent, j'ai l'impression qu'on trouve la démocratie trop "lourde" et qu'on prend divers moyens pour faire avancer les dossiers à la façon de gestionnaires d'entreprises privées. Mais une municipalité n'est pas une entreprise privée et un maire n'est pas nommé, il est élu. Il se doit donc de maintenir une certaine distance avec promoteurs et fournisseurs. C'est un minimum.