«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

16 mars 2007

Quincaillerie Théoret

Cet article a été rédigé pour le journal Accès. Il est publié dans l'édition du vendredi 16 mars 2007. Ce fut un grand plaisir pour moi d'écrire ce texte sur M. Théoret, un quincaillier comme il ne s'en fait plus, à mon avis.

Une bonne nouvelle en attire une autre

Menacé d’être vendue pour des raisons de santé, la quincaillerie Théoret, véritable institution à Sainte-Adèle, annonce aujourd’hui un agrandissement dès le printemps 2007.

Ouverte en 1955, la quincaillerie Théoret est de l’avis de la plupart des Adélois, un incontournable à Sainte-Adèle. Plus qu’une simple quincaillerie, elle évoque la belle époque du magasin général où se rencontraient les villageois pour discuter des affaires du village.

En 2006, M. Théoret apprenait qu’il était atteint d’une grave maladie. Période sombre pour lui, sa famille et les employés de l’entreprise. La menace de la possibilité de la vente de la quincaillerie planait au-dessus du 1365 boulevard Sainte-Adèle. Menace qui heureusement s’est dissipée, car l’homme est arrivé à museler la bête qui le rongeait. Comme les malheurs, les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules. M. Théoret annonce aujourd’hui qu’il ajoutera 1 152 pieds carrés à la surface de sa quincaillerie. De plus, l’entreprise restera la propriété de la famille puisque sa fille et son petit-fils prendront progressivement la relève ce qui, manifestement, remplit l’homme de fierté. Travailleur acharné, M. Théoret a consacré sa vie à son commerce et la perspective de devoir passer le témoin à des inconnus lui répugnait.

Le Quincaillier érudit

Non content d’être un authentique quincaillier de l’ancienne école, M. Théoret est également un érudit, et surtout, un inconditionnel du terme juste. Patentes, trucs et machins ne font pas partie de son lexique. Si vous ne savez pas ce que vous cherchez, lui il le sait. Il connaît même le terme exact de votre bidule « en français, en anglais et même en espagnol », ajoute-t-il.

L’érudition du quincaillier étonne et déborde largement la sphère des vis, perceuses et forets. Ainsi, lors d’une visite, un client apprenait qu’un monadnock est un relief résiduel d’une pénéplaine, lui qui cherchait simplement une patente à machin pour sa chasse d’eau.

Inénarrable pince-sans-rire, son humour est un outil dangereusement efficace qu’il utilise toujours à point nommé. Un jour, un client lui demande quel était son meilleur prix : « mon meilleur prix, c’est le prix le plus élevé ». Chaque visite à la quincaillerie permet de savourer le sens de l’humour et la répartie de cet inimitable quincaillier.

La fidélité de la clientèle est sans faille. Un client m’a affirmé que selon lui : « la quincaillerie Théoret, c’est le benchmark du service à la clientèle ». Il ajoute : « Quand je pense à Sainte-Adèle, je pense au lac Rond, au pain fesse de la boulangerie et à la quincaillerie Théoret. Ma fin de semaine n’est pas complète si je ne vais pas faire un tour chez M. Théoret. Chaque visite à son commerce renforce le sens de la communauté ».

À une époque où le visage de Sainte-Adèle change à la vitesse grand V, la quincaillerie Théoret témoigne de l’attachement des Adélois à ses symboles, à ses valeurs ainsi qu’à son patrimoine commercial. L’agrandissement de la quincaillerie Théoret est une bonne nouvelle, car elle confirme qu’il est possible de développer en respectant l’essence et l’âme d’une communauté.

Photo: André Bérard

17 commentaires:

André Bérard a dit...

Entre le moment où j'ai rédigé l'article et celui de sa publication, j'ai appris que la santé de M. Théoret connaissait des hauts et bas. Le sachant très sensible aux appuis qu'il a déjà reçus de sa clientèle, je m'engage à lui transmettre tous vos témoignages et vos encouragements.

Zoreilles a dit...

Quel beau texte, Monsieur Bérard, quel personnage attachant que ce Monsieur Théoret que vous nous présentez! Si je n'étais pas aussi loin de vous, je sauterais dans ma voiture pour aller y faire un tour. Ces commerçants restent peu nombreux mais ils existent toujours et il faut les visiter, les encourager.

Curieusement, nous avons chez nous un genre de Monsieur Théoret, une quincaillerie qui date des premières années de Rouyn-Noranda. La bannière qui figure en haut de son affiche avec son nom, Quincaillerie Rocheleau, a voulu fermer son magasin il y a quelques années, parce qu'il n'était pas dans le courant des grandes surfaces mais le pionnier a su résister. Malgré ses 90 ans, il trônait derrière son comptoir fièrement comme un hôte bienveillant pendant qu'il assurait sa relève. Aujourd'hui, il n'est plus mais sa fille et son petit-fils ont préservé le même esprit, le même service à la clientèle qui fait chaud au coeur chaque fois qu'on y met les pieds. Acheter chez eux, c'est en même temps se faire plaisir, se sentir comme de la famille presque.

Ils sont situés à l'autre bout de ma ville mais je trouve que ça vaut toujours le détour. D'ailleurs, on y fait des trouvailles, ils ont des choses tellement... uniques! On dirait qu'ils sont en même temps des gardiens de notre patrimoine!

Longue vie à Monsieur Théoret, à sa quincaillerie aussi.

Alainsteadele a dit...

Je voudrais rendre hommage a ce cher M.Théoret qui nous accueille toujours par bonjour jeune homme ou bonjour jeune fille quelque soit l'age.
Quand je vais chez lui, je sais toujours qu'il va trouver une solution a mon probleme.
Je dirais que c'est le dépanneur de la quincaillerie.
On m'a dis qu'il a été aussi un bon maire.
Alain

baron empain a dit...

Monsieur Théoret est un gentilhomme. Bonne chance, nous prions pour vous, nous avons besoin de vous!

Ludovic a dit...

Bravo André pour cet hommage bien senti à cet homme de coeur qu'est M Théoret. Je lui serre la pince, virtuellement ! ;)

Inkognitho a dit...

Bravo monsieur Théoret et bravo André pour ton texte. On ne pourra jamais avoir ce genre de service avec les magasins "grande surface". La lutte est féroce. Mais je crois sincèrement que quand tu restes humain et à l'écoute de tes clients, tu ne peux que les fidèliser. Continuez votre beau travail monsieur Théoret.

thesam a dit...

Super de belle article André.
Bravo. Nous l'avons lu aussi dans le journal le plus crédible de la place, L'Acces.

Selon moi Monsieur Théoret mériterais
un prix hommage pour l'homme d'affaire s'ayant le plus démarqué auprès de sa clientèle des 50 dernières années, au nuit Adéloise le 28 Avril prochain. Mais...

De toute façon le meilleur hommage a lui offrir sera toujours de l'encourager et d'aller lui dire un p'tit bonjour amical ou bien lui demander un bon conseil a son magasin.

RollandGate a dit...

Pour une personne que certains adélois trouvent négatif auprès de notre ville, je considère cet article comme ayant un tendance positive envers notre communauté !

Petite anecdote concernant mon premier contact avec LE M. Théoret:

J'entre dans son magasin et demande pour un fil audio afin de connecter la carte sonore de mon ordinateur sur une vieux moniteur télé, le responsable de la section électronique est sur son heure de diner...

Entre en jeu LE fameux commis de service, il m'ammène dans la section des cables mais je ne vois pas le type de fil avec les bons connecteurs alors LE commis me demande a quoi sert ce fil, je commence à lui expliqué que blas bla bla...

... LE commis me répond;"j'ai tout ca ici tiens mon jeune, voici une télé, voici un ordinateur, voici le fil qui va faire l'affaire et voici la caisse où elle va te dire combien au total çà va te coûter, tu va voir, le fil y coûte pas si chère."

Je venais de rencontrer LE commis !

Quelques mois plus tard, pour des travaux de peinture, je lui demande qu'elle est la marque qu'il me conseil...

Réponse; "la plus chère !, je suis sur qu'il doit te rester de l'argent la dernière fois, tu n'as pas acheter mon fil !!!"

Bonne chance à vous M. Théoret et merci André pour ce texte aussi bon que du "Fluff"

Pierre Leblanc a dit...

Votre article sur M.Théoret est une tres bonne idée car ce Monsieur est tres respecté a Sainte Adèle, mais je trouve la coincidence tres ambigue de voir a la page precedente du jounal une pleine page de pub pour le même commerce.
Mais il faut bien que accès vive aussi n'est ce pas.
Dommage car je trouve que la situation gache un peu ce moment d'hommmage a ce charmant commercant.

André Bérard a dit...

@ M. Leblanc

Contrairement à l'adage, le hasard fait parfois mal les choses. Sachez que je suis un journaliste indépendant, qui à l'occasion, propose des sujets au journal. Jamais le contraire. Je ne prends donc pas de «commandes». Je propose une idée de sujet au rédacteur en chef qui décide s'il achète ou non mon article.

L'idée d'écrire sur M. Théoret a germé en 2006. Je l'avais alors proposé au journal. J'ai terminé la rédaction la semaine dernière. Le hasard a voulu qu'il paraisse la même semaine que la publicité de M. Théoret. Les deux événements ne sont reliés d'aucune façon.

Ceux qui connaissent M. Théoret savent que ce n'est pas le genre d'homme à se livrer à de telles pratiques. Ceux qui connaissent le rédacteur en chef et les éditrices du journal Accès savent également que ce journal ne pratique pas le retour d'ascenseur.

Ne voyez là que le simple jeu du hasard.

Accent Grave a dit...

De ces commerçants, il y en plus qu'on le croirait. Ils ont souvent la vie dure, à cause des grandes surfaces et surtout à cause de la publicité faite par ces dernières.

La plupart du temps leurs prix sont conpétitifs et si on tient compte de la qualité de service, de la richesse que ces gens apportent à la communauté et de l'emploi que ce type de commerce crée, on devrait toujours faire un stop chez ces commerçants AVANT d'aller voir ailleurs.

Nous faisons malheureusement le contraire. Et ensuite on dira que la publicité ne nous influence pas.

Longue vie à ce monsieur et à tous les commerces du même genre.

Accent Grave

Omo-Erectus a dit...

Tout cela fait comprendre à quel point l'humain est un être social. Quelque part au fond de nous demeure ce besoin de gentillesse, d'accueil et de civilité.

Les grandes surfaces n'auraient jamais su inspirer pareil témoignage. Ni le mériter d'ailleurs. En adoptant des habitudes de consommation de masse, nous devons tous réaliser qu'un prix est à assumer. Un prix qui ne se reflète pas nécessairement au comptoir-caisse.

Je m'incline donc, à la fois devant l'homme de la quincaillerie et devant celui qui lui rend ici cet hommage senti.

joohane a dit...

ÉTHIQUE JOURNALISTIQUE?

Il fut un temps ou j’ouvrais votre journal avec respect. J’avais hâte de vous lire. J’avais placé le journal Accès sur un piédestal. Ce temps est révolu, votre journal a pris une débarque en bas de son socle et s’est fracassé le nez.

Tout cela a commencé il y a quelques mois ou je remarquais de semaine en semaine une baisse dans la rigueur et un virage prononcé quant au type de journalisme que vous aviez l’habitude de pratiquer. Depuis votre création, vous ne flirtiez pas avec le journalisme à sensation et il était évident que le soucis d’informer était au cœur de votre travail. J’ai compris de façon claire au mois de décembre 2006 que nous devions dire adieu à cette qualité de journalisme qui avait fait votre marque.

En effet votre prise de position dans l’affaire de l’illumination de la croix de Ste-Adèle a été carrément humiliante et insultante pour la population de Ste-Adèle. Vous nous avez donné l’impression de retourner au Moyen Âge ou le petit peuple devait supplier le seigneur en haut de la montagne afin d’obtenir ses faveurs. De plus, la position que vous tenez dans tout ce débat entourant la croix m’amène à me poser des questions sur votre sens du discernement. Au lieu de publier des grandes pages anonymes et payantes concernant un prétendu gardien de la croix, il aurait mieux valu que vous donniez des noms et que vous expliquiez les vrais objectifs qui se cachent sous cette mascarade. Ne nous prenez pas pour des cons. La croix de Ste-Adèle et ce qu’elle représente comme patrimoine historique n’ont jamais été menacés avant que quelqu’un décide d’y planter son trophée à proximité.

De même, votre position quant au supposé comité de citoyens de Ste-Adèle, laisse à désirer. Il ne suffit pas d’ouvrir vos pages payantes à des citoyens qui s’amusent à jeter le discrédit sur les administrateurs de notre ville. Si ce comité existe, donnez-nous des noms et révélez-nous les véritables objectifs de ce groupe.

Finalement, prenez bien note et faites-le savoir aux intéressés que les citoyens de Ste-Adèle sont majoritairement ravis de constater que leurs élus et leurs employés municipaux font respecter les politiques et les règlements et qu’il ne permettent pas aux promoteurs et à quiconque vient s’établir à Ste-Adèle de faire la loi. Les citoyens ne veulent pas de développement anarchique à Ste-Adèle.

Doris Poirier

JohaneGingras a dit...

Tiens une Joohane copieuse-colleuse...

André Bérard a dit...

@ Doris Poirier

J'adore votre commentaire. Il est virulent, bien formulé et ne sombre pas dans la polémique de Dolorama. J'invite d'ailleurs le rédacteur en chef ou les éditrices du journal à réagir à ce plaidoyer pour une éthique journalistique.

J'adore quand les lecteurs de ce carnet s'opposent intelligemment aux points de vue qui y sont exprimés. Je crois fermement que le choc des idées permet l'émergence d'une meilleure compréhension des enjeux et des dynamiques que l'on observe au sein de petite communauté comme la nôtre.

Malheureusement, ce processus de remise en question est souvent mal perçu par les principaux acteurs. C'est un phénomène bien connu des sociologues et des spécialistes du management. J'ai l'intention de publier un article sur le sujet très prochainement.

Merci de votre participation stimulante à ce carnet.

Pierrot a dit...

J'ai eu le privilège de connaître Monsieur Théoret père alors qu'il était en poste à sa quincaillerie. Si vous pensez que Guy est un inconditionnel du terme juste, vous auriez dû voir le père corriger nos anglicismes et nos fautes de français. Souvent cela nous insultait un peu mais avec le temps nous avons compris qu'il le faisait par amour de la langue française et pour nous aider à la respecter et nous encourager à l'utiliser correctement.
Malheureusement, si Monsieur Théoret père pouvait lire les commentaires sur les blogues aujourd'hui je crois qu'il souffrirait beaucoup de voir le français massacré plus souvent qu'autrement!
J'ai eu l'occasion de parler un peu avec Guy la semaine dernière et il m'est apparu le bagarreur que j'ai toujours connu. Je suis convaincu qu'il va se battre courageusement et sans répit contre cette dure maladie qui l'affecte.
Bonne chance.

Jean-Pierre St-Germain

Maurice a dit...

Excellente article André.

C'est vrai que M. Théroet démontre comment il est possible d'avoir du succès et de la croissance sans "devoir passer le témoin à des inconnus". Je suis carrément daccord avec cette idée là, et je pense que c'est pourquoi plusieurs d'entre nous trouvent les "Delacroix" et les "Ilots Grignons" de ce monde si répugnants.