«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

21 septembre 2007

Y faut changer d'voiture Mongeau!

«C't'aujourd'hui l'jour des bilans
Gaie lon la Mongeau ma lurette
C't'aujourd'hui l'jour des bilans
Y faut changer d'voiture.»

Inspiré de la chanson Mon Joe, de Paul Piché

Article que j'ai publié dans l'Accès du 21 septembre 2007 (intro ajoutée pour le blogue).

87 jours d’attente et 45 000 $ de moins dans les coffres de la Ville, c’est ce qu’aura coûté en patience et en argent le départ du directeur général de la Ville de Sainte-Adèle, soupçonné de s’être compromis dans une affaire de conflits d’intérêts avec le promoteur immobilier Attitude Nord.

La dernière annonce du maire démissionnaire Jean-Paul Cardinal aura été celle de la conclusion de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler l’Affaire Mongeau. Dans sa déclaration publique de lundi dernier où il annonçait également sa démission, Jean-Paul Cardinal nous apprenait que : « l’affaire Mongeau se terminera ce soir par l’adoption d’une résolution par le Conseil municipal visant à entériner une entente de départ signée la semaine dernière par le directeur général de la Ville. Il poursuit plus loin : « L’entente avec M. Mongeau est honorable et respectueuse des intérêts de tous. Elle ouvre la porte à un renouveau administratif au sein de la Ville. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pu régler cette situation plus rapidement. Pour cela, il aurait fallu que j’aie l’assentiment du Conseil, ce que je n’ai malheureusement pas réussi à obtenir avant la semaine dernière.»

Honorable et respectueuse des intérêts de tous? Difficile de se prononcer, puisque le premier acte des conseillers indépendants qui lance «la nouvelle ère de transparence», consiste à assombrir la clarté annoncée par des recours à la Loi sur l’Accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. En effet, bien que la conseillère Marlène Houle, qui fera l’intérim jusqu’à la prochaine élection, ait lu les conclusions de l’enquête lors de la dernière séance du conseil, les termes de l’entente intervenue entre la Ville et André Mongeau ne seront pas dévoilés sans douleur. De plus, le greffier de la Ville, n’ayant manifestement pas prévu qu’après 87 jours d’attente, les médias souhaiteraient publier les conclusions de «l’enquête», n’a pas été en mesure de fournir à temps le document lu par la conseillère Houle lors de la séance du conseil du 17 septembre.

Selon plusieurs, l’enquête menée par la firme d’avocats de la Ville ne mérite pas cette appellation. C’est le cas de cette avocate qui préfère garder l’anonymat : « les avocats n'ont aucun pouvoir d'enquête en vertu de la Loi dans le dossier du directeur général. Ils ne peuvent convoquer une tierce personne ou les représentants d'une compagnie pour les obliger à témoigner. Ils ne peuvent les obliger à produire un document, sauf dans une procédure instruite devant le juge. Il s'agit de termes pour masquer la réalité... tout au plus une étude de dossier...!»

Accès apprenait mercredi qu’un citoyen, par la voix de ses avocats, conteste l’entente intervenue entre la Ville et André Mongeau, dans une requête adressée aux avocats de la Ville : « vous voudrez bien aviser votre client (la Ville de Sainte-Adèle) et les conseillers que notre client, à titre de citoyen de Sainte-Adèle, s’objecte à ladite entente et qu’il exige qu’une enquête de la Sureté du Québec soit faite sur les divers allégués ayant fait la manchette des journaux locaux dans cette affaire, avant que quelque somme soit payée. Ainsi, notre client entend tenir responsable votre cliente ainsi que les conseillers pour tous paiement ou prêt encouru par la municipalité à cet égard. Soyez avisé qu’à moins que nous recevions confirmation de l’acceptation des présentes dans un délai de vingt-quatre (24) heures, nous avons été mandatés afin d’intenter tous les recours en justice appropriés à cet effet.»

Rien n’est donc conclu dans cette affaire. Le conseiller Lamarche affirmait après la séance du conseil que, selon les avocats de la Ville, André Mongeau signait des «coupons confirmant les paiements» pour l’utilisation de la Mazda RX-8 enregistrée à la société d’assurances automobile du Québec au nom du promoteur Attitudes Nord. La veille de la publication de l’affaire dans l’Accès du 22 juin 2006, le journaliste avait joint André Mongeau par téléphone afin de lui donner la chance de fournir les preuves de paiement, lui assurant que les documents seraient pris en compte et qu’ils pourraient même modifier l’angle de l’article. Le directeur général s’est contenté de dire qu’il payait comptant et n’avait donc pas de documents prouvant ses affirmations. Mis devant cette contradiction, le conseiller Lamarche s’est exclamé : «vous me dites donc que les avocats sont des menteurs?»

Photo: automobile sportive.

9 commentaires:

Anonyme a dit...

Vous voyez bien que Lamarche ne connait rien des dossiers de la ville et qu'il a une grande gueule. Il parle à travers son chapeau et je n'ose imaginer que des gens l'imagine maire de Sainte-Adèle en 2007.

Je crois que nous allons encore découvrir des anomalies majeurs en ce qui concerne l'administration publique de Sainte-Adèle.

André Bérard a dit...

@ anonyme

Vous savez ce qui me fascine le plus? C'est que même mis devant la contradiction concernant les présumées preuves de paiement de Mongeau, on persistera à accuser Accès de vouloir vendre des exemplaires plutôt que d'utiliser cette information afin d'en savoir plus. Il existe plusieurs termes pour décrire cette attitude!

Si Mongeau avait réellement des preuves de paiements, ils les auraient forcément donnés à l'Accès, car ces preuves auraient fait LA différence. Personne au conseil ne trouve étrange que ces preuves apparaissent à point nommé? Il semble bien que non. La firme d'avocat de la Ville fera l'objet d'une plainte au Barreau du Québec, car elle trempe dans trop de dossiers, et les apparences de conflit d'intérêts se font de plus en plus présentes.

Guy Vandal a dit...

Je suis ta "carrière" de très près et je dois avouer que tu m'impressionnes.

C'est comme ça que je vois le métier de journaliste...

Bravo !!!

André Bérard a dit...

@ Guy Vandal

Venant de toi, c'est tout un compliment, connaissant tes critères sans appel ;-) Merci

Eric Veilleux a dit...

Imaginez, plus de 87 jours d'enquête pour quelque chose de légal, puisse qu'ils ont les preuves de paiement, le tout fini quand même par la démission de Cardinal et Mongeau.

Ça ne tient pas la route comme situation.

alainsteadele a dit...

Est-il indiscret de savoir qui est cette personne qui a assez d'argent et aussi une bonne paire de c... pour mettre le ville en demeure? Cela merite des explications.
Enfin une personne qui agit.
Elle merite des encouragements.
Merci
Alain

Clic a dit...

La firme d'avocats qui représente la Ville de Ste-Adèle, représente (preuves à l'appui), un entrepreneur en plomberie contre Attitude Nord. Des procédures judiciaires (publiques) ont été entreprises par cette même firme contre tous les copropriétaires de Delacroix (voir index aux immeubles). Une décision défavorable au promoteur aurait mis en danger la créance de leur client entrepreneur en plomberie. En plus, elle représentait également un promettant-acheteur contre Attitude Nord. Il n'est pas nécessaire d'appeler au Barreau pour comprendre qu'il y a des conflits d'intérêts. Il y a pourtant 22,000 avocats au Québec. Une petite gêne serait de mise... laissez-en pour les autres. M.Bérard vous faites un travail extraordinaire.

André Bérard a dit...

@ Clic

Merci pour le compliment!

J'ai entre les mains un autre dossier très troublant concernant cette firme d'avocats. Reçu de façon anonyme, il m'est malheureusement impossible de communiquer avec ce «collectif de gestionnaires préoccupés par la saine gouvernance de nos institutions publiques.» Dans les prochaines semaines, je vais m'appliquer à dépouiller ce dossier.

Je songe également à remettre le dossier entre les mains du Barreau du Québec.

À suivre.

Anonyme a dit...

Conformément à la Loi québécoise sur le traitement des élus municipaux, Montréal versera plus de 100 000$ à l'ex-maire d'Outremont, Stéphane Harbour, qui, même s'il a démissionné, a droit à une indemnité de départ et à une allocation de transition.