«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

06 avril 2006

Une p’tite idée là-dessus?

Ici, au Québec, nous n’avons pas d’opinions. Nous avons plutôt « une p’tite idée là-dessus ». Contrairement à l’opinion, qui par définition, regroupe un ensemble d’idées que l’on peut soutenir, la « p’tite idée là-dessus » est plus légère, n’a pas d’assises solides, n’implique pas un engagement et n’a pas à faire ses preuves. C’est quelque chose qui se lance devant la télé, sur une terrasse ou dans une file d’attente et dont tout le monde se contente.

Une opinion se défend avec des arguments et suscite de l’intérêt. La « p’tite idée là-dessus », quant à elle, se glisse, se faufile et ne soulève aucune vague. Sa légèreté ne laisse aucune trace. C’est aussi un moyen de s’en sortir, lorsque l’on n’a strictement rien à dire et qu’il faut sauver la face. Vous lancez : « j’ai ma p’tite idée là-dessus » et vous partez. C’est suffisant pour laisser croire que vous avez un point de vue, sans trop vous mouiller.

La «p’tite idée là-dessus» n’a pas besoin de substrat. Elle se nourrit d’elle-même. Elle ne provoque pas de controverse, mais si toutefois vous l’exprimez et que votre interlocuteur n’est pas d’accord, pas de problème, étant donné sa petitesse, votre idée se chasse aisément du revers de la main, et se remplace facilement.

L’affirmation claire et franche n’est pas notre marque de commerce. Nous préférons les déviations, les euphémismes. Ainsi, au Québec, il ne fait pas froid : c'est pas chaud. Une idée n'est pas bonne : elle n’est pas bête. Une femme n’est pas jolie : elle n’est pas laide.

À force de nous exprimer ainsi, du bout des lèvres, et d’avancer à reculons sur la pointe des pieds, nous sommes devenus des chialeux de salons. Lorsque vient le moment de revendiquer, de manifester où simplement d'exprimer une opinion, nous nous taisons gentiment en ayant notre « p’tite idée là-dessus. »

D’où nous vient cet héritage de mous? Avez-vous votre p’tite idée là-dessus?

2 commentaires:

Accent Grave a dit...

Ça provient de notre passé colonial, de notre asservissement religieux. Nous tansmettons nos attitudes et réflexes à nos enfants. Je ne vois rien d'autre.

Dès qu'un des nôtres se lève pour contester, pour émettre une opinion claire, que l'on qualifiera bien sûr de radicale, on a honte pour lui, on lui tire dessus avant que l'ennemi ne le fasse.

Nos ancêtres français ne sont pas comme ça, les anglais non plus, il s'agit d'un héritage récent.

Nous n'avons aucune idée de notre potentiel humain, de nos richesses naturelles, absolument extraordinaires, uniques au monde.

Comment s'en sortir? C'est aberrant et tellement frustrant.

Nous acceptons que les autres soient fiers de ce qu'ils sont, qu'ils s'expriment clairement mais nous, qu'ils foncent, et nous, on s'interdit tout.

Quoi de plus docile et accomodant pour un maître qu'un sujet soumis? Nous ne voulons jamais déplaire, nous évitons toujours les confrontations.

Accent Grave

André Bérard a dit...

Bravo pour votre réflexion! Je constate que vous êtes de ceux qui ont plus qu'une «p'tite idée là-dessus».
J'abonde dans le sens de votre commentaire.

André Bérard