Il y a de ces personnes qui, en silence, discrètement, loin des regards, réalisent de remarquables choses. Il arrive souvent que leurs histoires soient une source d’inspiration. Simone Constantineau, directrice du Musée Zénon Alary, est l’une de ses personnes. Une frêle silhouette de dame de 86 ans, couronnée d’une auréole de cheveux blancs qui encadrent un visage souriant et engageant. Étonnamment alerte, les yeux de cette octogénaire brillent d’un étrange feu dès que vous abordez avec elle le sujet de sa passion: le sculpteur animalier adélois: Zénon Alary.
Dans les années 60, Simone Constantineau ignorait tout des musées. Voisins du sculpteur, elle et son conjoint s’appliquaient à rendre de menus services à l’artiste solitaire qui passait le plus clair de son temps dans son atelier, absorbé par son travail: «Je préparais ses repas, nous tondions sa pelouse, etc. Nous l’invitions parfois à souper. Sitôt le repas terminé, il regagnait son atelier». Un homme de peu de mots, timide, un homme de toutes les fragilités, peut-on lire dans l’un des rares ouvrages consacrés au sculpteur. Fasciné par le travail de l’artiste, Simone Constantineau considérait important de conserver ses sculptures à Mont-Rolland: «Je lui avais dit un peu avant sa mort: ne vendez plus vos œuvres, un jour il y aura un musée», se souvient Simone Constantineau. «À l’époque, je ne savais que ce serait moi qui m’embarquerais dans cette aventure!», lance-t-elle en riant.
Après la mort du sculpteur, en 1974, Simone Constantineau, tel un capitaine sans équipage, entreprend la longue traversée des écueils qui se dressent entre elle et son projet de musée: «Au début, personne ne voulait y croire. J’ai d’abord placé mes propres sculptures à la Caisse populaire de Mont-Rolland. Ensuite, au centre communautaire et au presbytère ». Autour de 2000, elle s’installe dans un local situé dans l’ancienne école des garçons de Mont-Rolland, qui par la suite a fait office d’Hôtel de Ville. En 2003, La Ville cède la bâtisse à Simone Constantineau, lui permettant ainsi de jeter l’ancre et de concrétiser son projet. Le Musée survit grâce aux revenus générés par le marché aux puces situé dans un local adjacent. Les familles adéloises peuvent s’y procurer des vêtements à bon marché: «C’est la guenille qui fait marcher le musée», s’amuse à dire la directrice. Le musée tire également des revenus de la location de salles pour des événements, des mariages, des groupes de discussion, etc.
Armée de sa seule détermination à conserver un patrimoine culturel local, cette dame passionnée est parvenue à constituer une importante collection des œuvres de Zénon Alary. Toutefois, la directrice du musée s’inquiète pour l’avenir, car à ce jour, aucune relève sérieuse ne semble disposée à prendre le relai. D’une façon artisanale et sans ressources, Simone Constantineau a réussi, à l’arraché, à conserver et valoriser un patrimoine adélois. Les inquiétudes de la directrice sont fondées, surtout lorsque l’on se rappelle que la ville de Sainte-Adèle a laissé filer le projet du musée Claude-Henri Grignon qui sera accueilli et soutenu par la Ville de Saint-Jérôme. Simone Constantineau souhaite que cet article éveille l’intérêt de la communauté pour son patrimoine culturel.

Le Musée Zénon Alary est situé au 1425 rue Grégoire à Sainte-Adèle. Ouvert les week-ends de 13h à 16h et en semaine sur rendez-vous: 450 229-2674.
Publié dans l’Accès, édition du 29 août 2008
Texte et photos: André Bérard