«Le journalisme civique vise à fournir aux gens des possibilités d'intervention afin de les amener à agir, et encourager l'interactivité entre les journalistes et les citoyens. Il cherche à créer un dialogue avec les lecteurs, au lieu de se borner à transmettre les informations en sens unique et à inonder le public de données, comme cela se passe si souvent dans le journalisme traditionnel.»


— Jan Schaffer, directeur du Pew Center For Civic Journalism

17 février 2008

Séance du conseil de Rawdon: la version d’un citoyen

Autres blogueurs et médias qui appuient la cause des Rawdonnois
Sylvain Martel du Gros BS
Luc Millette du Carnet d'un Adélois
Quelque chose d'intéressant chez IM2 | OQP
Articles repris dans La vie rurale ICI et ICI

Comme promis, voici le compte rendu de la dernière séance du conseil municipal de Rawdon, telle que vue par un citoyen présent. Selon cette personne, le compte rendu de la journaliste Geneviève Blais de l’Action, occulte certains éléments de la rencontre: « D'emblée, je suis plutôt surpris que nulle mention n'est faite de la présence sur les lieux de deux agents de la Sûreté du Québec — armés, il va de soi —, du début à la fin de la réunion. Il était difficile de ne pas les voir, postés à l'entrée. Ils étaient déjà là, à l'Hôtel de Ville lorsque les premiers participants arrivaient et ont suivi le mouvement jusqu'au Collège Champagneur où l'assemblée fut déplacée. En effet, de nombreux citoyens se présentaient, bien plus que la petite salle du conseil ne pouvait en recevoir.»

Le citoyen s’étonne de cette foule inhabituelle qui se pressait pour assister à cette séance du conseil, la première suivant les mesures draconiennes entreprises par la municipalité pour fermer le forum Dans mon village:« Passionnés par la cyberintimidation, tout ce beau monde? », se questionne le citoyen qui soupçonne plutôt une mise en scène: « on se serait crus de retour à l'époque de Duplessis, avec une assemblée “paquetée” de parenté, amis, commerçants faisant affaires avec la Ville régulièrement, tous des gens, à peu d'exceptions près, qui ne suivent jamais les réunions du conseil ! Mais oui, “paquetée”, puisque nous sommes plusieurs à savoir — le monde est petit en région — que depuis au moins deux jours, de très nombreuses personnes ont été contactées par téléphone ou rencontrées en vue de cette assemblée.» Selon le citoyen, la présence d’un grand nombre de sympathisants de l’Administration rawdonnoise, à ce moment précis de l’affaire Rawdon, soulève des interrogations.

Une seule des personnes présentes a abordé la question du forum durant la période des questions:« Tous les autres sont demeurés cois, sauf pour applaudir le petit discours du conseiller Rougeau et une autre intervention de madame la mairesse. Quelle grosse mise en scène, pour si peu. La présence d'un journaliste de l'extérieur, dont j'ignore l'identité, serait-elle la raison de tout ce branle-bas de combat? »

Les questions légitimes soulevées par le citoyen sont de toute évidence le fruit d’une réflexion lucide sur la situation : «Pourquoi cette présence policière tout au long de la séance? Pourquoi refuse-t-on de répondre à la question légitime concernant les coûts engendrés par cette bataille juridique dont la facture sera refilée aux citoyens? Pourquoi ne pas avoir tenté de régler par des moyens moins répressifs une situation ne concernant qu’un nombre négligeable de citoyens qui ne représentent aucune menace? Pourquoi un nouveau règlement sur le déroulement des assemblées publiques restreint-il à trente minutes la période de questions en plus de menacer d'amendes des citoyens qui n'ont aucune autre tribune pour se faire entendre? Pourquoi cedit règlement a-t-il été adopté en vitesse lors d'une séance spéciale du conseil tenue à 3 heures de l'après-midi le 6 février dernier; journée même de la signification des poursuites et début des perquisitions concernant le forum de Rawdon? Même si je n'y étais pas présent, je sais que cette réunion a bel et bien eu lieu. Pourquoi ce règlement a-t-il été partiellement lu et annoncé en vigueur ce mardi 12 février alors que le procès-verbal de la séance du 6 février n'était pas disponible ni inscrit pour approbation à l'ordre du jour?»

Le citoyen se demande en outre pourquoi la population rawdonnoise est si hargneuse envers ses administrateurs. Il s’étonne également de la position de la mairesse Major:« Comment madame la mairesse peut-elle affirmer sans broncher “je ne suis pas d'accord avec toutes les formes d'intimidation”, après ce qu'elle vient de faire pour réduire au silence ses opposants? Et faire cette affirmation le plus sérieusement du monde devant une salle remplie de participants ayant été accueillis par deux policiers armés qui continuent de les surveiller du coin de l'oeil pendant toute la séance?»

Le citoyen conclu : « Finalement, je me demande suite à cette assemblée singulière, qui intimide qui, ici à Rawdon?»

Blogue-Note continuera de couvrir l’affaire Rawdon et avise les administrateurs et les procureurs de cette ville que toute forme d’intimidation visant à museler un journaliste membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) sera énergiquement dénoncée. Les libertés d’expression et de presse sont l’expression d’une démocratie en santé et ne doivent pas être confondues avec de la cyberdiffamation, qui chez certains élus devient un terme fourre-tout où l’on peut ranger la simple critique, la dissidence et l’opinion. Qu’ils soient aussi avisés que les commentaires diffamatoires ne seront pas tolérés dans ce carnet.

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Image: Cybersolidaires

6 commentaires:

Benoit Grenier a dit...

Très bon commentaire. Surtout le dernier paragraphe de mise en garde. Il faudra voir si d'autres collègues développeront ce dossier à la suite des consultations de l'assemblée nationale sur un sujet de même nature que Rawdon.
http://www.assnat.qc.ca/fra/38legislature1/commissions/ci/index.shtml

Un rapport est aussi disponible:
http://www.justice.gouv.qc.ca/FRANCAIS/publications/rapports/slapp.htm


Voir aussi: http://www.ledevoir.com/2007/07/18/150706.html

Est-ce que le journaliste et le ciotyen ne sont-ils régis par les mêmes lois sur la diffamation et autres propos de mauvaise nature ?Je vous serais également gré de préciser votre perception du droit au commentaire, la simple critique, la dissidence et l’opinion du citoyen versus celui du journaliste-chroniqueur. Je perçois actuellement que seul les journalistes pourront bientôt parler et que le citoyen se retrouvera muselé sauf si un journaliste comme vous ne s'y implique. N'est-il pas le même ? Sauf sans filet de protection qu'est FPJQ. La démocratie risque d'en prendre un coup...Seul un médecin peut prescrire un médicament. Est-ce que seul un journaliste pourra faire un commentaire, critiquer, préciser une dissidence et émettre une opinion.

www.benoitgrenier.name

André Bérard a dit...

@ M. Grenier

Bien que les SLAPP — ou poursuite bâillon — visaient à l'origine les groupes environnementaux et de citoyens, le phénomène est aujourd'hui répandu aux médias, comme le souligne cet article de Guillaune Bourgault-Côté paru dans le Devoir du 18 juillet 2007: «Même si la plupart des SLAPP connues jusqu'ici impliquaient des groupes écologistes, la stratégie peut viser n'importe quel citoyen ou organisme, y compris des médias.»

Ce type de poursuite profite de certaines failles de la loi qui permettent à des organismes de poursuivre indument des individus, ou des groupes d'individus qui critiquent leurs activités, afin de les neutraliser et de les censurer. Dans un rapport déposé au ministère de la Justice par un groupe d’experts, le mode d’opération est clairement identifié, comme le souligne le journaliste du Devoir : «coller une poursuite judiciaire qui, même si elle n'est pas fondée, étouffe financièrement les organismes obligés de se défendre. L'objectif final étant de créer une forme d'autocensure chez ces citoyens, de les intimider et de les appauvrir. Le rapport évoque un «combat inégal entre acteurs bénéficiant de ressources différentes, sinon disproportionnées». David contre Goliath, en somme.»

Les journalistes membres de la fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ) jouissent d’une certaine protection lorsque les censeurs franchissent les frontières de l’inacceptable. La fédération est chatouilleuse lorsque l’on bafoue la liberté d’expression. Elle n’hésitera pas à prendre position publiquement, attirant ainsi l’attention sur ceux qui s’adonnent à certaines pratiques antidémocratiques.

Les citoyens sont, quant à eux, plus vulnérables. Les journalistes ont à mon avis un engagement moral envers ceux qui sont victimes de poursuites abusives qui menacent leur liberté d’expression. Dans mon travail de journaliste civique, je me fais un devoir de gratter le verni de la nouvelle et de donner une tribune à ceux qui en sont privés. Je m’estime privilégié de vivre dans une démocratie, même si elle est imparfaite. J’exècre tous les stratagèmes visant à camoufler les petites dictatures munipales. Je conviens que certains propos tenus dans le forum Dans mon village étaient déplacés. Je m’explique moins les mesures extraordinaires prises pour mettre à l’ordre une poignée de citoyens qui se battent avec de simples mots. La chimiothérapie administrée aux citoyens de Rawdon aura pour effet de tuer les bonnes et les mauvaises cellules, sans distinction. Les citoyens ainsi «traités» hésiteront désormais à s’exprimer, quelle que soit la tribune.

Goliath : 1 , David : 0

Benoit Grenier a dit...

@ M. Bérard

Quel plaisir de vous lire et de constater votre solidité dans cette quête de la vérité et de l'information juste. Je vous remercie de votre réponse qui permettra certainement à ceux qui ont encore peur et ne parle plus.

Une dépêche de ce matin en prévision de la commission parlementaire:

http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/February2008/18/c3065.html

Enfin, je vous invite à reproduire votre réponse dans le blogue de M. Nadeau de l'Action. Comme le disait un commentaire ici laissé, on pourrait y voir un complément d'information plus judicieux et complet que celui exprimé par ce dernier.

Merci encore,

www.benoitgrenier.name

Christian Beauregard a dit...

a brasse partout

A chambly dans mon coins le maire et son équipe engage des Avocats pour assister aux réunions municipale.

Et ont actuellement eux-même donné des amendes à des gens, mais cette fois-ci ils étaient présent sur place.

Les villes en arraches et cela devraient être médiatisé un peu plus, il me semble que les gens devraient s'ouvrir les yeux

André Bérard a dit...

@ Christian

Après le système de santé à deux vitesses, voici la démocratie à deux vitesses. Dans certaines municipalités, la démocratie est au ralenti.

Dodo a dit...

Wow! Quel dossier chaud! Museler un forum EN ENTIER! Que de ridicule dans la réaction démesurée des 'Intouchables' mais surtout, que d'enfantillages. Quand on est en paix avec soi-même, les mots qui se veulent vexatoires, n'ont que LA VALEUR QU'ON VEUT LEUR ACCORDER. Ils ne méritent que d'en rigoler. Pourquoi ici qu'on réagit comme des intégristes devant la désormais célèbre caricature? Et les mots, peuvent-ils aussi être 'caricatures'? Demandons-le à tous les 'Gilles Proulx' des ondes? Les mots peuvent-ils être 'éclaireurs'? Demandons-le à tous les 'Doc Mailloux'? Des mots nous vexent? Demandons à notre égo:POURQUOI!? En démocratie,un FORUM entend la participation du peuple. Il y trouve aussi l'aspect 'DÉBAT' (pour ne pas dire COMBAT). Au lieu d'agir en 'INTOUCHABLES', pouquoi ces élus, qui sont aussi citoyens, n'ont pas usé de leur DROIT DE RÉPLIQUE? Par et grâce au Forum, ils étaient libres de s'adresser directement aux auteurs et leur demander de préciser leur pensée. Cela aurait sans doute suffit à apaiser sinon clouer le bec des plus enflammés. Cela aurait au moins démontré un intérêt réel pour le bien-être des citoyens. Le jeu devient infantile lorsqu'on réagit en Hitler, S.S., ou 'chépakoua' parce qu'on se fait traiter de Hitler, S.S. ou 'chépakoua'! On vient effectivement cautionner les propos vexants en omettant d'exprimer son propre mécontentement avec DES MOTS plutôt qu'avec un baillon matraque. L'outil démocratique est un outil délicat. Il permet aux citoyens américains de se taper sur la gueule en pleine télé alors qu'ici, on musèle dès qu'on se sent froissé!(Il serait intéressant de questionner monsieur Stéphane Gendron à ce sujet. Son expérience en tant que maire , avocat et animateur muselé pourrait nous apporter un éclairage nouveau.) Et oui, dans un monde idéal, nos échanges devraient demeurer imprégnés de respect. Mais ce n'est pas parce que quelqu'un nous manque de respect que cela nous donne le droit d'être aussi irrespectueux envers un plus grand nombre. Ce baillon prend allure d'OUTRAGE AU PEUPLE. Il me semble que lorsque vous êtes habité par le respect, vous choissez d'autres avenues que celles-ci.