Comme promis, voici l'article publié dans le journal Accès concernant le parc d'affaires La Rolland. L'exercice a pour but de permettre aux Adélois de s'exprimer et de réagir à ce dossier d'intérêt pour la région. Sachant que les élus lisent ce carnet, je les invite également à y participer s'ils le souhaitent. Un projet rempli de promessesL’année 1999 marquait le lancement d’un projet prometteur pour l’économie de Sainte-Adèle. Le parc d’affaires La Rolland, aussi connu sous le nom de Vallée du multimédia, se proposait d’attirer dans les locaux de la célèbre usine de papiers, des entreprises oeuvrant dans le domaine du multimédia et des nouvelles technologies de l’information.
L’effervescence qui caractérise ce secteur d’activité prédisait le succès du projet géré par la Corporation du Parc d’affaires La Rolland, un organisme privé sans but lucratif. Le projet s’inscrivait alors dans le cadre des Carrefours des nouvelles économies (CNE), programme qui offrait des crédits d’impôt permettant à de jeunes entreprises de se lancer en affaires en allégeant leur fardeau fiscal. Le rare matériel promotionnel du parc annonce que «le Parc d’affaires La Rolland est destiné aux créateurs de demain qui y trouveront la stimulation et l’inspiration nécessaires à la réalisation de leurs projets». Les plans originaux et la vidéo promotionnelle du projet présentaient un parc moderne «en mesure d’offrir ses nouvelles infrastructures à des prix concurrentiels, et ce, dans un parc d’affaires de grande envergure. De plus, les nouvelles entreprises pourront bénéficier de l’expertise, du soutien et de la confiance des acteurs socio-économiques des Pays-d’en-Haut, dont la volonté est de contribuer au succès de nos entrepreneurs». Qu’en est-il plusieurs années plus tard? Le seul projet caressé par la majorité des entreprises visitées serait-il celui de quitter le parc dès que leurs baux arriveront à échéance? Enquête non-virtuelle sur un projet d’envergure, ses errements, les pistes de solution.
La grogne des locatairesUne visite à l’ancienne usine permet de constater l’état de délabrement des lieux: royaume des mauvaises herbes, fenêtres brisées ou placardées. Des images qui s’éloignent de l’idée que l’on se fait d’un parc d’affaires d’envergure, incubateur d’entreprises d’un domaine hautement technologique. Les locataires en ont lourd sur le coeur et accusent la Corporation de ne pas avoir livré le projet qu’ils ont acheté. La majorité des entreprises qui ont accepté de nous parler ont clairement exprimé leur profonde déception devant la tournure des événements. Leurs récriminations sont nombreuses et concernent invariablement le flou qui entoure les coulisses administratives du projet.
Éric Veilleux, président de l’entreprise
Mærix, deuxième locataire à s’être installé dans l’ancienne usine, a accepté de parler ouvertement. Il ne mâche pas ses mots, accusant l’administration du parc «d’incompétence et de manque de vision». Sentiment partagé par la majorité des entreprises rencontrées, mais qui préfèrent s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Les locataires accusent également la corporation «d’amateurisme et de manque évident de connaissances des besoins des entreprises de ce secteur d’activités». Réseau électrique inadéquat, coupures de courant trop fréquentes, pas de génératrice pour pallier les nombreuses pannes qui représentent un véritable fléau pour des entreprises qui dépendent virtuellement des ordinateurs et de l’Internet pour fonctionner. Certains des bâtiments ne sont pas aux normes. L’isolation d’un des locaux visités est, selon le locataire, largement sous les normes du Code du bâtiment du Québec. «Certains matins d’hiver, les employés doivent effectuer les entrées de données avec des gants, car la température à l’intérieur est d’environ 13 degrés!» Un autre locataire raconte: «J’ai dû passer moi-même le câble du téléphone à partir de l’entrée de la Ville jusque dans mes bureaux». Il ajoute: «Ç’a été vraiment improvisé. Ils ont mis les mauvaises personnes aux mauvaises places».
Les plans originaux prévoyaient également des salles de serveurs réfrigérées pour certaines entreprises. Les ingénieurs mandatés n’ont pas livré la marchandise et les entreprises concernées ont dû résoudre elles mêmes le problème. «Nous ne disposons pas des infrastructures de bases nécessaires aux activités normales d’un parc d’affaires technologiques», affirme un autre locataire mécontent.
À ces problèmes d’infrastructure, s’ajoute celui du délabrement des lieux: «Nous sommes carrément mal à l’aise lorsqu’un client doit nous visiter», confie ce locataire qui se réjouit de la rareté des visites de ses clients.

Tous se désolent de ce triste bilan et s’inquiètent de l’avenir du Parc et de la perte d’emplois de qualité qui le menace. Certains parlent de «dilapidation d’un potentiel économique extraordinaire». M.Veilleux ne s’explique pas pourquoi les forces conjuguées de l’équipe de Citec, spécialiste en gestion de parc d’affaires, de la corporation, de la MRC, et du CLD, ne parviennent pas à faire lever le projet. Il se questionne: «Les gens de la corporation sont redevables à qui? À qui doivent-ils rendre des comptes? Ils se rabattent sur l’abolition des CNE pour expliquer les difficultés du parc. Selon cette logique, tous les parcs d’affaires du même genre seraient en faillites techniques à cause des CNE? Ça ne se tient pas! C’est ce que je déplore, cette attitude de nonchalance ».
«Le Parc d’affaires La Rolland est comme une patate chaude que tous les intervenants se passent», conclut cet autre locataire.
Un parc adélois géré depuis MontréalC’est la firme
Citec, basée à Ville Saint-Laurent, qui gère les bâtiments et s’occupe des doléances des locataires. Encore une fois, les entreprises du Parc La Rolland se questionnent: «Pourquoi confier la gestion du parc adélois à une entreprise installée à Ville Saint-Laurent? N’y a-t-il pas des gens assez intelligents dans notre région pour remplir ce mandat? » Certains vont plus loin: «Peut-on vraiment croire que ce gestionnaire, qui s’occupe d’autres parcs d’affaires situés dans la région de Montréal soit motivé à attirer de nouveaux clients à Sainte-Adèle? J’en doute fortement! »
Difficile à joindre, gestionnaire fantôme, les entreprises en place disent devoir trop souvent s’occuper elles-mêmes des problèmes d’intendance et estiment que c’est inacceptable. Enfin, l’arrivée dans le parc d’entreprises n’ayant aucun lien avec sa vocation première inquiète plusieurs locataires. Certaines entreprises voient la chose d’un mauvais oeil: «Ça tue l’idée, l’esprit, le projet».
La position des décideursDu côté de la Corporation, le président
Jean-Paul Cardinal, maire de Sainte-Adèle, explique au sujet de l’inquiétude manifestée par les locataires quant à l’arrivée d’entreprises sans vocation technologique dans le Parc: «Nous croyons que c’est compatible. Par exemple, concernant la chocolaterie, l’entreprise ouvrira possiblement un casse-croûte, ce qui était prévu dans les plans originaux».
André Mongeau, directeur général de la Ville de Sainte-Adèle, soutient que c’est une décision d’affaires: «Les locaux vacants rénovés, doivent être loués. Les locataires ont peut-être des états d’âme, mais il faut que ça soit rentable. S’ils veulent qu’on améliore les services et le Parc, ça prend de l’argent».
Selon M. Cardinal, les locataires occupent 19,000 pieds carrés de locaux rénovés sur une possibilité de 31 000 pieds carrés. Ce que représente un taux d’occupation d’environ 61%. Le président de la corporation reconnaît qu’il a rencontré certains locataires «qui m’ont dit qu’ils se sont fait promettre mer et monde, mais c’était avant mon arrivée». Il refuse de parler d’échec, mais admet qu’il existe effectivement certains problèmes et «qu’il y a des choses à corriger».
M. Mongeau précise: «Le maire a hérité du dossier. Le conseil d’administration de la corporation est composé de bénévoles. Ces gens-là font leur possible pour rescaper tout ça. Il n’y a personne dans le conseil qui a déjà eu des immeubles et qui a une expérience en CNE. On essaie d’en faire quelque chose». Il poursuit: «Le marché est difficile ici dans le Nord. Il ne faut pas se leurrer, nous avons fait des contacts avec tous les spécialistes, le marché ne monte pas en haut de Saint-Jérôme. Il n’y a pas de marché pour ça».
«Nous sommes à l’étape de l’élaboration d’un plan directeur pour l’après CNE, de concert avec le ministère du Développement économique. Nous rencontrerons les locataires actuels pour connaître leurs besoins», affirme M. Cardinal. Il se dit aussi convaincu qu’au terme de cette démarche, une majorité d’entreprises choisira de rester. Concernant le gestionnaire Citec, M. Mongeau explique qu’à une certaine époque, «on s’est retrouvé devant une situation où il n’y avait plus de gestionnaires. Ce n’est pas au maire à faire visiter des locaux, à louer et à faire des baux. Nous avons rencontré cette entreprise de gestion qui avait du succès à Ville Saint-Laurent. Nous nous sommes dit que si nous parvenions à signer une entente avec cette entreprise, elle remplirait le parc d’affaires. C’était ça l’objectif».
Devant les allégations d’incompétence, de manque de vision, d’improvisation et du peu de volonté de faire rayonner le projet, exprimée par une majorité de locataires, M. Cardinal ne semblait pas vouloir commenter. À son avis, le taux d’occupation est suffisamment éloquent: «Je n’irai pas m’immiscer dans les locaux déjà loués. J’ai vu, dans les premières années, des membres du conseil d’administration qui jouaient aux gérants d’estrade. Notre rôle c’est de rénover et de louer des locaux».
Du côté de la MRC des Pays-d’en-Haut, le préfet
Charles Garnier souligne que «La Rolland est un outil essentiel, en ce sens que c’est peut-être le seul endroit où le zonage permet un parc industriel». Il dit être conscient qu’il existe des problèmes, mais estime «qu’il n’a pas à interférer dans l’administration». Il se dit toutefois inquiet pour l’avenir de La Rolland. «Le milieu s’est beaucoup investi dans ce projet et je pense que ça vaut la peine d’en faire quelque chose».
Stéphane Lalande, directeur général au Centre local de développement des Pays-d’en- Haut (CLD) abonde dans le même sens: «Pour nous le parc d’affaires La Rolland est un des outils de développement économique extrêmement important pour l’ensemble du territoire de la MRC des Pays-d’en-Haut. Peu de municipalités de la région possèdent des parcs industriels».
L’avenir de La RollandConcernant l’avenir, un flou persiste. À l’évidence, il existe un malaise chez les locataires du parc. Presque tous ont affirmé vouloir quitter les lieux dès la fin de leurs baux et du programme des crédits d’impôt. La Corporation, quant à elle, semble vouloir se cantonner dans un argumentaire comptable, éludant les questions reliées aux enjeux économiques, préférant mesurer le succès en terme de pieds carrés loués. Elle soutient également que les spécialistes confirment les difficultés de ce marché dans la région alors que plusieurs entreprises de ce secteur d’activité situé à Piedmont, Val-Morin et même dans le parc d’affaires La Rolland, sont florissantes. Si l’exode annoncé par les entreprises se produit réellement, des pertes d’emploi de qualité sont à prévoir. Souhaitons que le plan directeur annoncé par le président de la Corporation La Rolland parvienne à colmater la fuite et à rétablir la situation.
Dossier à suivre …
Photos : André Bérard