L’impact des nouvelles technologies des communications et de l’information sur nos conversations.

Le zapping et les effets des nouvelles technologies des communications et de l’information sur nos conversations. Un sujet singulier qui a été inspiré par une phrase entendue au hasard et qui disait : les jeunes ne terminent plus leurs phrases à cause du zapping. C’est ce qui a tout déclenché : « les gadgets électroniques changent notre façon de nous parler. Pour moi, c’est évident. À travers tous ces gadgets, notre conversation est désincarnée. Jamais le mot, le verbe, la phrase n’ont été aussi éloignés de la personne qui émet qu’à notre époque. De plus en plus, les gens s’expriment via les courriels, le clavardage, le téléphone cellulaire. »
Je zappe, donc je fuis
La zappette a imposé un rythme et une durée aux messages que nous recevons. Elle a influencé la manière dont nous conversons. Il faut faire vite, surtout, il faut dire vite, de peur de se faire zapper : « ce raccourcissement des messages est parallèle à d’autres rétrécissements de temps que l’on observe dans le quotidien. Les phrases que l’on entend le plus souvent sont : le temps nous presse, on n’a pas le temps, rapidement s’il vous plaît, en quelques secondes. » La zapette, ennemie numéro des publicitaires, a contraint ces derniers à s’adapter à l’impatience de ce pouce fébrile : « les publicités d’une minute sont passées à trente secondes puis à quinze secondes et même des deux fois cinq secondes. En Europe, il y a même des publicités d’une seconde. Ce ne sont que des clins d’œil, des rappels de marques.»
L’humour n’échappe pas à cette impatience : « cette accélération de la trame du temps se traduit par la grande popularité des one liner. » Pas étonnant que l’humoriste qui a la plus grosse cote en ce moment soit celui qui parle le plus vite. Le One Liner, c’est une histoire complète en quelques mots. Jici les connaît bien, il les a disséqués : « On craint que les gens s’impatientent, qu’ils se désintéressent. On exige maintenant de nos interlocuteurs qu’ils mettent eux aussi des punchs dans leurs conversations. J’ai parfois l’impression que lorsque les gens parlent, certains cherchent la manette pour appuyer sur l’avance rapide, sur stop ou même sur éjecter! les nouveaux outils de communication imposent un rythme, un souffle que tout le monde n’a pas. Ceux qui ne parlent pas assez vite se taisent de peur de se faire zapper.»
Un smog d’informations
La multiplication des moyens de communication a décuplé la quantité d’informations disponibles : « L’esprit moyen n’est pas équipé pour gérer cette masse d’information qui peu, dans certains cas, se traduire par un emprisonnement dans une vision du monde qui est fausse », nous dit l’humoriste qui souligne que : « au 17e siècle, une personne pouvait encore prétendre avoir tout lu. Aujourd’hui, dans une édition dominicale du New York Time, il y a plus d’information qu’une personne du 17e siècle pouvait en obtenir durant toute sa vie. » Cette abondance de données ébranle notre capacité à prendre des décisions : « La surabondance d’informations complique les choix de consommation, les choix de vie. On est jamais tout à fait sûr de faire le bon choix. On a toujours l’impression qu’on aurait pu faire mieux, qu’on a manqué quelque chose. » Cette surcharge d’information fragmente la pensée et réduit notre capacité à lier, de façon cohérente, les messages qui nous assaillent quotidiennement. Malheureusement, cette malbouffe nous laisse le ventre creux et nous pousse à engloutir davantage d’informations, croyant ainsi combler un vide qui ne cesse de s’agrandir.
Allô, t’es où ?
Cette question, entendue mille fois, illustre bien le fait que nous communiquons de plus en plus par le seul truchement des nouveaux gadgets. Notre interlocuteur n’est plus là physiquement : « Nous sommes en train de perdre la conversation en face à face. Il y a des dangers à ça. »
Dans son livre Why We Don't Talk To Each Other Anymore, John l. locke nous parle de tout ce que l’on perd à ne plus nous parler en direct, face-à-face. L’auteur soutient que si nous sommes si friands de ces nouveaux gadgets de communication, c’est parce que nous avons toujours eu peur du face-à-face. C’est une peur naturelle et inhérente à notre nature. Nous fuyons la confrontation avec l’interlocuteur. Le clavardage en est un bon exemple. Nous avons un contrôle sur la conversation. Nous pouvons y mettre fin à tout moment d’un simple clic de souris.
« C’est ça le but de mon mémoire » nous précise Jici: « attirer l’attention des gens sur ce phénomène, leur dire : attention, soyons vigilants. Nous nous enfermons de plus en plus dans les différents médias et nous perdons ainsi notre capacité à parler en direct. Le décodage de la gestuelle de l’interlocuteur, son langage non verbal, son souffle, le ton, le timbre de sa voix sont autant d’éléments qui enrichissent une conversation. Nous sommes naturellement habileté à décoder ce langage parallèle. Son absence prive la conversation d’une dimension humaine essentielle. Regarder les autres parler, c’est mieux les comprendre. À force de ne pas utiliser notre compétence à décoder le langage non verbal, nous devenons de moins en moins aptes à communiquer. »

Pas prétentieux, ce Jici. Il se défend bien d’être moraliste ou de s’exclure de son propos. Simplement, il s’inquiète, et à juste titre, des dérives des nouvelles technologies et des impacts sur notre besoin fondamental d’établir des contacts réels avec nos semblables : « le seul contact virtuel ne suffit pas. Les gens ont besoin de parler, d’entendre le timbre d’une voix, même si la conversation erre sans but. Pour l’être humain, le son de la voix est réconfortant, rassurant. Malheureusement, les gens communiquent de plus en plus par le truchement des nouveaux médias électroniques et de moins en moins en face à face. Nous mangeons vite, les repas en famille sont moins fréquents, les occasions permettant de lier conversation avec nos proches sont malheureusement devenues une denrée rare. »
Sujet captivant, qui nous laisse d’autres choix que celui de déposer la zappette et d’écouter, pour une fois, jusqu’au bout. Une fois l’entrevue terminée, sur le chemin du retour, je me suis dit : « voilà un être attachant, éminemment sympathique, passionné et passionnant. » Véritable touche-à-tout, il a cette fois mis la main sur un sujet dont nous ne faisons qu’entrevoir toute la portée.
Jici Lauzon est à compléter son mémoire de maîtrise. Il donne également des conférences sur le sujet. Pour en savoir plus : Martine Meilleur communication : 514 322-6321
Vous pourrez également l’écouter sur les ondes du 98,5 à l’émission Coupe-feu, en remplacement de Stéphane Gendron, les 27, 28 et 29 décembre prochains et les 3, 4 et 5 janvier 2007.
Jici est aussi collaborateur à l’émission Bazzo tv, dans la chronique Essais, diffusée sur les ondes de Téléquébec.
Photos : André Bérard